Trois ans après le triomphe de Vicente Fox à l'élection présidentielle, l'ancien parti unique, le Parti révolutionnaire institutionnel, est de retour. Le PRI, qui gouverna de 1929 à l'an 2000, et dont l'image est restée celle de la corruption et de la culture mafieuse, arrive largement en tête des élections législatives de ce dimanche.

Selon les résultats provisoires communiqués par l'Institut fédéral électoral, le PRI obtiendrait 34,4% des votes, et plus de 40% en comptabilisant son alliance avec le Parti écologiste vert du Mexique (PVEM). Le parti du président, le PAN (Parti d'action nationale), chute lourdement à 30,5%, soit 10 points de moins que lors des législatives de 2000. Quant au PRD (Parti de la révolution démocratique, centre gauche), il se maintient au plan national avec 17% et s'impose dans la ville de Mexico avec au moins 14 des 16 circonscriptions.

Aucune force politique n'obtient de majorité absolue à la Chambre basse du Congrès (qui compte 500 sièges). Mais l'opposition, principalement composée du PRI et du PRD, dominera à nouveau l'assemblée. Un coup dur pour Fox, qui devra composer avec ses adversaires pour gouverner jusqu'à la fin de son mandat, en 2006. Les intentions du leader national du PRI, Roberto Madrazo, ne font d'ailleurs pas l'ombre d'un doute: «Le PRI est la première force politique du pays. L'heure des accords est arrivée. J'invite le président et son parti à ce que nous nous mettions d'accord.»

Une sorte de «cohabitation» à la mexicaine pourrait ainsi voir le jour. «Fox va devoir faire des compromis, gouverner et écouter davantage encore les souhaits des forces de l'assemblée», explique le politologue Federico Estevez. Si le régime constitutionnel mexicain permet à l'exécutif de se maintenir au pouvoir sans majorité législative, toute loi requiert une approbation de l'assemblée. Le libéral Fox, qui avait promis moult réformes, notamment pour l'industrie et le système fiscal, en a déjà fait les frais: tous ses projets de lois économiques ont avorté depuis sa prise de pouvoir.

Le message des électeurs au président est clair. Pour une bonne partie de l'opinion, Fox a beaucoup promis mais peu accompli. Seuls 60% de ceux qui avaient voté pour lui lors de la présidentielle de 2000 ont soutenu le PAN dimanche. «Si le PRI se maintient, c'est qu'il n'a jamais perdu sa force locale et provinciale. Sa base politique, bâtie au cours de nombreuses années de pouvoir, demeure la première du pays. Mais les Mexicains n'ont pas vu leurs attentes comblées, et le font payer à Fox, c'est évident», poursuit Federico Estevez.

Le contexte de déprime économique, liée à l'arrêt de la croissance nord-américaine, n'aura pas aidé le chef d'Etat. D'autant qu'une partie de l'opinion, dont certains patrons influents, lui reprochent sa politique de rigueur en ces temps de morosité. La situation du monde rural, laminé par la concurrence des produits nord-américains subventionnés, a très mauvaise presse.

Les soupçons de financement illégal concernant la campagne présidentielle de Fox auront également contribué à lui faire perdre du crédit. Le gouvernement avait fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. «Malgré les vraies avancées en la matière, Fox n'arrive pas à tirer les bénéfices de son travail», explique le directeur mexicain de l'ONG Transparency International. «Le scandale de sa campagne le gêne, bien sûr. Mais surtout les réformes ne changent pas encore le quotidien des citoyens. On se fait toujours racketter par la police au feu rouge. Du coup Monsieur Tout-le-monde croit que Fox ne fait rien.»

Si les expectatives générées par l'alternance de 2000 avaient donné un coup de fouet à la vie politique nationale, c'est le sentiment de «tous pourris» qui domine désormais. Dans les années 90, les taux de participation électorale avaient nettement progressé, l'accès à une véritable démocratie, symbolisée par la fin du règne du PRI, représentant la principale motivation du vote. «Aujourd'hui que nous avons réussi l'alternance, nous nous rendons compte qu'il faut aussi un bon gouvernement pour que les choses bougent», déclare un homme d'affaire mexicain.

«Moi je ne sais plus vraiment pour qui voter», ajoute Claudia, étudiante de culture «priiste» qui vota pour Fox en 2000. «Le PRI est pourri mais Fox n'est pas efficace.» Au fond, si le PRI l'a emporté ce dimanche, l'abstention est le grand vainqueur de ces législatives. Près de 60% de l'électorat a boudé les urnes. Un chiffre record qui en dit long sur la désillusion des Mexicains vis-à-vis de la classe politique.