Trois ans après l'élection de Vicente Fox à la présidence de la République, l'heure n'est plus au triomphe pour les «forces du changement». Alors que les Mexicains s'apprêtent à élire leurs députés, le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), qui occupa le pouvoir de 1929 à l'an 2000, et dont l'image est avant tout celle de la corruption et d'une culture mafieuse qui façonna l'ensemble de la vie publique mexicaine, est pour l'instant, donné favori dans les sondages (autour de 40% d'intentions de vote). Il est en tout cas exclu que le parti du président, le PAN (Parti action nationale), en recul de plusieurs points (entre 35 et 40% d'intentions) par rapport aux législatives de 2000, puisse offrir un second souffle au gouvernement de Vicente Fox, dont le mandat s'achève en 2006.

Pour le politologue Federico Estevez, «les forts réseaux politiques locaux du PRI, qui contrastent avec la faiblesse du PAN, permettent au parti historique de se maintenir au pouvoir. Mais la déception des Mexicains vis-à-vis du gouvernement Fox explique aussi la situation actuelle». Le scandale du financement de la campagne présidentielle de Vicente Fox, qui aurait bénéficié de fonds illégaux d'entreprises étrangères, aura largement contribué à cette baisse de popularité. «Fox et le PAN ont fait campagne contre la culture priiste, et joué les Monsieur propre. Or on découvre qu'ils font exactement la même chose. Moi je ne sais plus pour qui voter», explique Chris, jeune architecte qui avait voté Fox en 2000. L'abstention, ce dimanche, pourrait concerner la moitié de l'électorat.

La communication présidentielle, offrant monts et merveilles à des citoyens portés par les espoirs de changement de l'an 2000, s'avère aujourd'hui peu crédible, faute de réalisations concrètes. «Fox, par le simple fait qu'il mit fin au règne du PRI, représente une vraie évolution démocratique. Je lui suis reconnaissant pour cette énorme réussite, déclare José, sympathisant du PRD (gauche). Mais au-delà de ça, il a promis la lune et n'a pas fait grand-chose.» Une opinion très partagée.

Corruption endémique

Dans le cas de la lutte contre la corruption, thème central de la vie politique, les attentes de progrès rapides se sont révélées décevantes malgré la bonne volonté du gouvernement. Si de nombreux fonctionnaires ont été sanctionnés, soudoyer un policier ou un inspecteur des impôts reste une pratique courante. Sans parler du rôle de l'armée et de la marine dans la protection des puissants narcotrafiquants (le Mexique est l'un des premiers exportateurs de cocaïne du monde).

Dans le cas des réformes économiques promises par Vicente Fox, tant sur le plan de la fiscalité que de la libéralisation des secteurs électriques et pétroliers, elles sont toutes restées lettre morte. Le PRI et le PRD, majoritaires a l'assemblée ont systématiquement torpillé les projets présidentiels, affaiblissant ainsi l'efficacité et l'image de l'exécutif. Les milieux d'affaires, initialement proches du PAN, se sont, dès lors, montrés moins inconditionnels, plusieurs patrons influents n'hésitant pas à critiquer la politique d'austérité lors de la campagne.

Au-delà des responsabilités gouvernementales, «la faible croissance du pays et le climat de morosité économique vont aussi peser sur le vote des citoyens», ajoute l'économiste Rogelio Ramirez. Quelques mois après sa prise de pouvoir, Vicente Fox et ses alliés du PAN ont dû affronter la dépression américaine et l'arrêt de la croissance nationale.

Dans l'industrie, des centaines d'usines d'exportations américaines et asiatiques se sont délocalisées vers des zones de main-d'œuvre moins coûteuses. Dans le monde rural, le désastre que représente la compétition avec les produits nord-américains subventionnés alimente la grogne sociale.

Au fond, la réussite la plus évidente de l'action gouvernementale est une remarquable stabilité financière qui assure au gouvernement le soutien des marchés financiers et des investisseurs internationaux. Pas nécessairement celui des électeurs.