Sept policiers sont morts mardi à Culiacan, capitale de l'Etat de Sinaloa, lors d'un affrontement avec des trafiquants de drogue digne d'une véritable guerre civile. Alors que les forces de l'ordre poursuivaient deux tueurs à gages, ces derniers se sont réfugiés dans une maison où étaient basés huit autres membres du cartel de Sinaloa. Une fusillade de quatre heures s'est alors déroulée en pleine nuit. Utilisant des armes automatiques et des grenades à fragmentation, les assiégés ont finalement pu prendre la fuite, laissant derrière eux un bain de sang et une population traumatisée.

Depuis la prise de pouvoir du président Felipe Calderon, en décembre 2006, jamais les autorités n'avaient subi une telle perte, en une seule opération. Chaque jour pourtant la lutte contre le trafic de drogue apporte son lot de victimes. Depuis janvier, selon les chiffres divulgués par le procureur général Eduardo Medina, 1378 assassinats ont été recensés, soit une augmentation de 47% par rapport à la même période de l'année dernière. Sur les dix-sept derniers mois, l'hécatombe atteint le chiffre terrifiant de 4152 assassinats, dont 450 policiers et militaires.

Audace des trafiquants

Cette flambée de violence, assurent les autorités, prouve que le Mexique est en train de gagner sa guerre contre les cartels. Plus de 30000 hommes, toutes forces confondues, ont été déployés dans le pays. Plus de 15000 armes ont été confisquées, et des millions de dollars saisis. «Nous sommes en train de diminuer le pouvoir des cartels en leur enlevant leur puissance de feu, assure Eduardo Molina. Cette décomposition s'exprime par une violence entre eux car ils doivent se battre pour un gâteau plus petit.»

Malgré ces paroles rassurantes, l'audace dont font preuve les trafiquants peut laisser penser, parfois, que la situation est hors contrôle. Le 8 mai, ce n'est pas moins que le responsable de la sécurité régionale au sein de la police fédérale, l'équivalent du directeur du FBI américain, qui a été froidement abattu devant chez lui. Dix jours plus tard, le chef de la police de Ciudad Juarez donnait sa démission après avoir reçu des menaces de mort. Dans cette ville, à la frontière avec le Texas, les cartels ont affiché dans les rues une liste noire de 22 policiers locaux, dont 7 ont déjà été tués. Selon le quotidien El Universal, le mois de mai a d'ailleurs été le plus sanglant de ces cinq dernières années, avec 370 exécutions en seulement vingt-six jours.

Manne de 20 milliards

Devant ces faits, de nombreux experts s'interrogent sur l'efficacité de la politique du président Felipe Calderon. Le transit de la drogue vers les Etats-Unis, dont le chiffre d'affaires est estimé à 20 milliards de dollars, donne aux cartels des moyens presque illimités et une capacité instantanée à remplacer ses chefs, dès que ceux-ci sont tués ou emprisonnés. La corruption est également facilitée par les salaires très bas des policiers, et la diffusion du trafic dans le tissu social et politique du pays: «Nous sommes face à un Etat faible, complètement pénétré par le crime organisé», déclarait récemment le directeur de l'Institut pour la sécurité et la démocratie, Ernesto Lopez.

Malgré ces avertissements, les autorités semblent décidées à amplifier leur stratégie de lutte frontale. Pour le procureur Eduardo Medina, le déploiement des forces armées devra être maintenu «le temps qu'il faudra». Après le drame de Culiacan, les policiers pourraient aussi être autorisés à porter, comme leurs adversaires, des fusils automatiques. Le président Felipe Calderon espère aussi beaucoup de l'Initiative Merida, un fonds de 1,5milliard de dollars sur trois ans que George Bush a décidé d'attribuer au Mexique et à l'Amérique centrale, notamment pour les aider à acheter des hélicoptères et des avions. Le Congrès américain, qui a aussi ses doutes sur le bien-fondé de cette politique, devrait cependant réduire significativement cette enveloppe.