Amérique centrale

Au Mexique, civils et autorités s’allient pour combattre les narcos

Le gouvernement soutient et encadre l’action des groupes civils d’autodéfense qui résistent aux narcotrafiquants dans l’Etat du Michoacan. Fruits de cette alliance inédite, les opérations conjointes pour déloger les criminels débutent

Au Mexique, civils et autorités s’allient pour combattre les narcos

Amérique centrale Dans le Michoacan, le gouvernement soutient l’action des groupes d’autodéfense

Cette alliance est inédite 

Triomphants, escortés par les militaires et la police fédérale, les groupes civils d’autodéfense ont pris le week-end dernier la ville d’Apatzingan, le bastion du cartel des Chevaliers templiers dans l’Etat du Michoacan (ouest). Au-delà d’une démonstration de force de la part de ces milices populaires qui sont entrées en rébellion contre les narcotrafiquants il y a un an, c’est aussi la première opération conjointe d’envergure menée par les autodéfenses et les forces fédérales.

En début d’année, les civils armés avaient annoncé qu’ils prendraient d’assaut les villes et villages de la région occupés par les Chevaliers templiers, des trafiquants sanguinaires qui s’étaient rendus coupables de nombreuses exactions envers la population. Racket, enlèvements, assassinats étaient venus à bout de la patience de ces communautés, révoltées par l’inaction des autorités. Suite aux affrontements entre les membres du cartel et les milices civiles autour d’Apatzingan, ville de 80 000 habitants, à la mi-janvier, le président Enrique Peña Nieto s’est résolu à envoyer des renforts militaires et policiers dans la région. Dans plusieurs municipalités, la police locale, soupçonnée d’entretenir d’étroites connexions avec le cartel, a été neutralisée et destituée.

Malgré ces interventions, les groupes d’autodéfense exprimaient clairement leur refus de se laisser désarmer et de retourner à leurs activités civiles tant que les sept principaux leaders des Chevaliers templiers ne seraient pas capturés par les autorités. «Qu’on désarme d’abord les criminels qui nous attaquent!» réclamaient les milices populaires.

Après plusieurs semaines de confusion, confronté au dilemme de combattre ou de tolérer ces milices civiles qui agissaient en marge de la loi, le gouvernement mexicain a opté pour la voie médiane qui consiste à les officialiser et à encadrer leur action. Il y a deux semaines, l’exécutif du président Enrique Peña Nieto a ainsi annoncé la signature d’un accord avec les groupes d’autodéfense, homologuant leur existence sous le nom de «corps de défense ruraux», placés sous le commandement des autorités. Par cet accord, les groupes civils s’engageaient à enregistrer leurs armes auprès du Ministère de la défense. En contrepartie, les autorités renonçaient à les désarmer, pour ne pas apparaître comme complices des narcotrafiquants. Sur les 20 000 membres que comptent les autodéfenses, environ 600 exercent désormais leurs fonctions légalement. Ils travaillent main dans la main avec les forces fédérales dans plusieurs municipalités du Michoacan afin de localiser les leaders des Chevaliers templiers.

A Apatzingan, 150 miliciens armés, enregistrés comme gardes ruraux, assistent les militaires et policiers lors des patrouilles et des fouilles de maison en maison pour traquer les criminels. Ces opérations ont déjà mené à 17 arrestations.

D’autres membres des milices, qui ne portent pas d’armes, ont installé des barricades autour de la ville, pour en surveiller les accès. En octobre dernier, les civils avaient déjà mené une première incursion à Apatzingan mais ils avaient été repoussés par les Chevaliers templiers à coups de grenades. Cette fois-ci, ils sont maîtres des lieux. La prise d’Apatzingan a été couronnée dimanche par un défilé des autodéfenses sous les acclamations de la population.

Les autorités ont momentanément désamorcé la crise que représentait l’émergence de groupes civils armés au Michoacan, zone hautement conflictuelle. «Le gouvernement fait son travail», déclarait samedi Hipolito Mora, porte-parole des milices d’autodéfense. Ce discours contraste fortement avec ceux des derniers mois, lorsque les civils accusaient le gouvernement de protéger, par sa passivité, les criminels. Aujourd’hui, la volonté de collaborer avec les autorités semble avoir éclipsé la méfiance.

Mexico craint cependant l’effet de contagion à d’autres régions. Dans certains Etats voisins du Michoacan, comme le Guerrero, de nouveaux mouvements civils expriment la volonté de s’armer afin d’assurer leur propre défense contre le crime organisé.

La prise d’Apatzingan a été couronnée par un défilé, sous les acclamations de la population

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