Le chef d’Etat mexicain lance un nouveau rendez-vous médiatique: le «Quién es quién» ou «Qui est-ce des mensonges de la semaine». Une réunion hebdomadaire à laquelle est convié l’ensemble de la presse pour récolter les bons et mauvais points distribués par Andrés Manuel Lopez Obrador. Chaque mercredi, celui que l’on surnomme AMLO critiquera ouvertement le travail des journalistes s’il estime que celui-ci est orienté ou mensonger.

Un «débat éclairé»

Inaugurée le mercredi 30 juin, cette nouvelle introduction lors des conférences matinales permettra «prétendument de démentir les fausses informations que les médias diffusent», résume le média mexicain La Vanguardia dans un article repéré par Courrier international. Pour le président, elle a «pour but de combattre les fausses nouvelles ainsi que d’informer la population», déclarait-il le 23 juin tout en indiquant que, cette semaine-là, «une rumeur» circulait sur le fait qu’un de ses fils serait l’un des nouveaux propriétaires du club de football Cruz Azul. Ce qu’il assure être faux. Pour lui, il est évident que des médias «vont occuper les premières places, toujours des médailles d’or, mais là on va les exposer».

Le lendemain, le 24 juin, AMLO est revenu brièvement sur cette idée en mentionnant l’information relayée par le journal El Universal selon laquelle des journalistes sont espionnés par le gouvernement. Le président mexicain a alors mis en cause les médias. «C’est faux, a-t-il dit. Ce journal est dédié à la diffamation et appartient à la pègre du journalisme. C’est pourquoi nous allons avoir cette section – Quién es quién.»

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Le coordinateur général de la communication sociale du gouvernement, Jesus Ramirez Cueva, s’est félicité du lancement de ce «Qui est-ce des mensonges de la semaine» sur Twitter, en souhaitant la «bienvenue au débat éclairé et à la liberté d’expression».

Pour le journal El País, il s’agit plutôt d’un «tour de vis» supplémentaire dans «l’offensive menée contre la presse» dans l’espoir de façonner le débat public. AMLO répète souvent qu’il est le président mexicain que la presse a le plus attaqué. «Il consacre une bonne partie de ses conférences de presse à rendre ce qu’il considère être des coups bas» et estime qu’une «sale guerre» est orchestrée contre lui par des journalistes et chroniqueurs, qu’il désigne par leurs prénoms. Le quotidien espagnol considère que ce nouveau rendez-vous lui offre «un espace dédié exclusivement à l’échange de coups».

Et c’est effectivement ce que l’on peut observer lors de ces séances. Les articles des journaux épinglés par le gouvernement sont projetés sur un grand écran et les sujets sont tour à tour démentis avec ferveur. Le journal El País s’est ainsi fait critiquer pour ne pas avoir inclus la version du gouvernement concernant une affaire de déchets nucléaires. Pourtant, dans cet article, les journalistes écrivent avoir contacté le gouvernement et ne pas avoir obtenu de réponse.

Le 30 juin dernier, lors de la première, un journaliste mexicain a reçu la «mention honorifique» de «Pinocchio de la semaine.» Cette sorte de droit de réponse que s’octroie ici le gouvernement prend alors des airs d’intimidation. La journaliste de gauche Carmen Aristegui, influente dans le pays, a ainsi déclaré à La Vanguardia que, bien que les fausses informations existent tout comme les orientations politiques des journalistes, il est «très délicat que le président de la République s’érige en détenteur de la vérité et qu’il lui revienne de déterminer qui ment et qui ne ment pas.»

Viser les journalistes

Le Mexique gagnera-t-il davantage en clarté et véracité, comme le formulent les autorités, ou fera-t-il taire les voix dissidentes? La liberté de la presse dans ce pays inquiète particulièrement les organisations internationales. Le Mexique occupe la 143e place du classement réalisé par Reporter sans frontières et est considéré comme l’un des pays les plus dangereux et meurtriers au monde pour les médias. Les journalistes qui enquêtent sur des sujets sensibles sont régulièrement menacés, voire exécutés. Certains disparaissent, d’autres s’exilent pour survivre.

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El País dresse un parallèle inquiétant avec la situation équatorienne. Lors de son dernier mandat, l’ancien président Rafael Correa concentrait de plus en plus son attention à démentir les informations et à lancer des attaques personnelles contre les journalistes, notamment les chroniqueurs d’opinion. Pour rappel, il avait entrepris la diffusion de vidéos d’interventions journalistiques commentées pour relayer la version officielle et les tourner en dérision. «La photo du journaliste en question apparaissait dans un cercle rouge», précise le quotidien espagnol. Pour conclure, un tampon était apposé sur son visage: «mensonge avéré» ou «mauvaise foi».