L'est de la République démocratique du Congo (RDC) plonge à nouveau dans la violence depuis plus d'un mois. Laurent Nkunda, le chef du Congrès national de défense du peuple (CNDP), vient de rompre l'accord de paix de Goma, signé en janvier 2008 entre Kinshasa et les représentants de plus de 30 groupes ethniques. Officiellement, pour défendre les Tutsis contre les Hutus. Mais pour Mgr Etienne Ung-Eyowun, évêque de Bondo (nord-est), ces rivalités ethniques se sont qu'un prétexte et les véritables raisons de la guerre, ce sont les énormes richesses de la région. A l'invitation d'Action de Carême, il est venu en Suisse dénoncer l'apathie de la communauté internationale. Il participe ce mardi à la conférence annuelle du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) sur la médiation dans les conflits africains. Rencontre avec un évêque engagé, bien décidé à mettre en œuvre la doctrine sociale de l'Eglise.

Le Temps: La guerre reprend donc de plus belle en RDC?

Etienne Ung-Eyowun: Depuis le 28août, les affrontements ont repris entre les rebelles de Laurent Nkunda et les forces armées congolaises. Le CNDP est sorti du programme Amani, adopté le 23 janvier entre les groupes armés et le gouvernement pour promouvoir la paix, la sécurité et le développement du Nord-Kivu, avec le soutien de la communauté internationale. Ce programme était issu du processus de paix de Goma et de la conférence nationale de Nairobi, à laquelle ont participé onze pays de la région en 2007. La paix est brisée. Et les conséquences humanitaire sont désastreuses: l'OCHA (l'Agence des Nations unies pour les affaires humanitaires) parle de 100000 déplacés. Mais Caritas-Congo en dénombre 600000 dans la seule région du nord-est. A nouveau, le viol est utilisé comme arme de guerre et les violences sur les civils ont repris.

- La RDC a demandé au Conseil de sécurité des Nation unies d'intervenir, craignant une attaque du Rwanda voisin. Le Rwanda soutient-il vraiment le CNDP?

- Mercredi passé, le CNDP a attaqué un camp militaire à la frontière avec le Rwanda. Le président congolais Joseph Kabila a accusé publiquement le Rwanda, tandis que le ministre de la Communication parlait pudiquement de «l'appui d'un pays voisin». Mais tout le monde sait que le Rwanda soutient le CNDP! Laurent Nkunda dit vouloir protéger les Tutsis des nombreux Hutus venus se réfugier au Congo lors du génocide rwandais de 1994. Une partie de ceux-ci sont d'anciens génocidaires qui ne peuvent pas être renvoyés au Rwanda, car ils seraient immédiatement jugés par les gacacas, les tribunaux traditionnels, et condamnés à mort. Le Rwanda a remis à la RDC et à la communauté internationale une liste de 6000 présumés génocidaires hutus qu'il faut éloigner de la frontière, au terme des conventions internationales. Mais la population refuse de les recevoir. Ces Hutus étaient venus sur demande de la France et de la communauté internationale, des pays qui acceptent qu'il y ait une guerre au Nord-Kivu.

- Y a-t-il d'autres foyers de tension?

- Les combats ont repris aussi en Ituri. L'Armée de libération du seigneur, de l'Ougandais Joseph Kony, est entrée dans cette région du nord-est à cause de la décision par l'Ouganda, le Soudan et la RDC de la chasser et de la désarmer. Et à Dounga, une autre région du nord-est, on assiste au phénomène des Bororos: 6000 éleveurs venus de pays étrangers qui tuent, pillent et saccagent. Le problème est que l'armée congolaise n'a pas les moyens de contrôler un territoire énorme, dont les frontières sont de véritables passoires.

Mais je tiens à le souligner: la véritable raison de la guerre, ce sont les richesses. La région du Ruchuru, où ont lieu les combats, est magnifique et elle regorge de ressources naturelles qui intéressent la communauté internationale et, il faut le dire, les multinationales. Il y a des diamants, de l'or, du coltan, du cuivre et même du pétrole, dont l'exploitation démarre. C'est une guerre pour le contrôle des ressources et l'aspect ethnique n'est que l'argument de façade. Il y a une énorme pression pour que ces richesses quittent le territoire vers l'est, notamment vers le Rwanda et l'Ouganda. Pourtant, à Goma, en janvier 2008, les différentes ethnies sont arrivées à faire la paix en quelques jours, y compris les Pygmées.