Bruxelles

Michel Barnier ne jouera pas l’après-Juncker

Le négociateur en chef communautaire du Brexit a renoncé vendredi à présenter sa candidature pour la présidence de la Commission européenne

Le Parti populaire européen (PPE) survivra-t-il aux prochaines élections au parlement de Strasbourg, le 16 mai 2019? Michel Barnier a préféré échapper à cette question fatale. En décidant vendredi de ne pas présenter sa candidature pour la présidence de la Commission européenne, l’actuel négociateur communautaire du Brexit ouvre le champ d’une recomposition politique majeure au sein de l’UE.

Profonde division

Fort de 219 eurodéputés sur 751 depuis les élections de 2014, première force politique de l’hémicycle, le PPE est aujourd’hui profondément divisé entre son aile dure, favorable au maintien en son sein du Fidesz, le parti du premier ministre souverainiste hongrois Viktor Orban, et un marais centriste tenté par une alliance autour du mouvement La République en marche d’Emmanuel Macron.

L’Europe, c’est notre bonne protection. Encore faut-il la repenser et la rebâtir.

Emmanuel Macron, président français

Conservateur bon teint, plusieurs fois ministre sous la présidence de Jacques Chirac et européen convaincu, le Savoyard Michel Barnier incarne, à 67 ans, ce centre droit historiquement placé au cœur de la construction européenne, tout comme l’actuel président de la Commission, Jean-Claude Juncker. Les deux hommes s’étaient d’ailleurs disputé il y a cinq ans le statut de Spitzenkandidat, le candidat désigné par le PPE pour diriger ses listes et briguer la tête de l’exécutif communautaire en fin d’année. Une compétition remportée par le Luxembourgeois…

Le spectre des nationalismes

Par son retrait de la course à la présidence de la Commission, officiellement justifié par la difficulté de conclure les négociations sur le Brexit alors que le Congrès du PPE aura lieu les 7 et 8 novembre, Michel Barnier relance donc la machine à candidatures. Et ce, au moment même où le président français vient de promettre, dans un entretien au Journal du dimanche, «de s’impliquer dans la campagne pour une Europe de l’ambition et de l’avenir, des démocrates et des progressistes». «Je suis pour tourner la page d’une Europe ultralibérale, poursuit Emmanuel Macron, mais aussi pour éviter la page d’une Europe des nationalismes. L’Europe, c’est notre bonne protection. Encore faut-il la repenser et la rebâtir.»

Emmanuel Macron a par ailleurs toujours fait savoir que la tête de liste du parti vainqueur ne serait pas nécessairement adoubée par les chefs d’Etat ou de gouvernement des 27 pour diriger la Commission…

Un premier candidat pour succéder à Jean-Claude Juncker est déjà sorti du bois: le conservateur allemand Manfred Weber, actuellement président du groupe PPE à Strasbourg et issu de la CSU, le parti de la droite bavaroise, allié turbulent d’Angela Merkel. L’on voit mal, toutefois, cette candidature faire l’unanimité compte tenu de la tolérance affichée envers Orban par la CSU. Difficile aussi de penser que tous les eurodéputés PPE français sortants se rangeront derrière Laurent Wauquiez. L’éclatement des conservateurs européens ne peut désormais plus être exclu.

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