L'Autorité palestinienne a déjà fait des pas de géant en matière institutionnelle. Mais il lui reste fort à faire pour que le fonctionnement de cette entité toute neuve lui permette de créer à l'extérieur – et notamment chez les investisseurs, privés et institutionnels – la confiance dont elle a le plus grand besoin pour son développement futur. Résumé sommairement, tel est le constat, doublé d'un appel pressant au changement, que vient de dresser une équipe réunie par une organisation privée américaine, le Council on Foreign Relations, et présidée par l'ex-premier ministre français Michel Rocard. Dans l'équipe figurent notamment Carl Bildt, Hans-Dietrich Genscher, Felipe Gonzalez, Douglas Hurd, Otto Graf Lambsdorff, Jacques de Larosière, Romano Prodi, Miguel Moratinos (envoyé spécial de l'UE au Proche-Orient), Mario Soares.

Déjà bien

des acquis pourtant…

L'intérêt de l'étude tient à l'équilibre dans le jugement: il n'a ni le ton exagérément louangeur des fans de la cause palestinienne, ni le mépris programmé de tant de politiciens israéliens pour cet ovni juridique qu'est encore l'Autorité présidée par Yasser Arafat. Au nombre des acquis, note l'étude, et en dépit des formidables obstacles dressés par Israël: un gouvernement qui fonctionne, des élections correctes et démocratiques, la mise en place d'un système éducatif et de services de santé, la collecte des impôts, le maintien de l'ordre. Et surtout le fait qu'Arafat ait accepté de livrer son «pays» à cet examen.

Ce qui reste à faire est impressionnant. Et l'énumération des réformes à accomplir – inspirées du modèle des démocraties occidentales – tiendrait du vœu pieux, si n'était en jeu l'essentiel: la survie économique de ce bout de terre, d'autant que l'aide assumée jusque-là par la communauté internationale ne va pas tarder à tarir.

Au cœur du dysfonctionnement: le maintien simultané de deux chaînes de commandement: celui issu de l'OLP et celui des institutions de l'Autorité comme telle, situation boiteuse, qui résulte de toute évidence du statut intérimaire de l'Autorité. Il n'empêche: l'Autorité doit à tout prix concentrer ses efforts sur quelques mesures urgentes: c'est la mise en place d'une Constitution, qui organise une bonne fois le partage des pouvoirs et des responsabilités. C'est une présidence administrativement moins lourde, dégagée d'une série de tâches de routine qui devraient revenir à des niveaux subalternes de l'administration. C'est un vrai parlement, exerçant son rôle de surveillance et de pouvoir décisionnel en matière politique et budgétaire. C'est un système judiciaire digne de ce nom. C'est une transparence indispensable en matière d'opérations financières, qui assure une administration plus rentable, et permette de prévenir les besoins à venir d'une population à forte natalité. C'est une cure d'amaigrissement à imposer à l'administration. C'est, enfin, une police contrôlée par le pouvoir civil.

Bref: un ensemble de tâches imposant, que détaille une série de recommandations. Mais le fait, notent Michel Rocard et ses pairs, qu'Arafat ait déjà mis en place une commission de dirigeants palestiniens pour les prendre en compte «est, en soi, encourageant».