Amérique latine

Michel Temer, un président fragile pour le Brésil

Le successeur de Dilma Rousseff brille par son impopularité. Mais il a montré durant toute sa carrière une grande habileté

Tout ça pour ça. Après des mois de crise politique, le Brésil se retrouve avec un nouveau président aussi suspect de corruption et encore plus impopulaire que son prédécesseur. La sortante, Dilma Rousseff, était accusée d’avoir dissimulé l’ampleur des déficits publics en 2014 et 2015 via des tours de passe-passe budgétaire. Son successeur, Michel Temer, est soupçonné d’être impliqué dans l’affaire de corruption politique Petrobras. Les Brésiliens n’étaient plus ces derniers jours que 25% à souhaiter que la première reste à la tête de l’Etat. Ils étaient 8% à souhaiter l’accession du second à la magistrature suprême.

Issu d’une famille libanaise débarquée à Sao Paulo dans les années 1920, Michel Temer a exercé la profession d’avocat avant d’entrer au parlement fédéral en 1987 et de mener une brillante carrière au sein du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB). Une formation située très opportunément au centre, ce qui lui a permis de participer depuis 20 ans à tous les gouvernements du pays. Qu’ils aient été de droite, sous la présidence Fernando Henrique Cardoso, ou de gauche, sous le règne de Luiz Inacio Lula da Silva, puis de Dilma Rousseff.

Le personnage est à l’image de son parti, poli et insaisissable. «Un parfait majordome de film d’horreur», résumera un député de Bahia. Volontiers cérémonieux, toujours attentif, éternellement réservé, Michel Temer se montre très pondéré sur le fond, tout en affichant une habileté manoeuvrière redoutable. Des qualités qui lui permettent de prendre la tête du PMDB, d’occuper la présidence de la chambre des députés pendant plus de cinq ans, puis de figurer comme candidat à la vice-présidence sur le «ticket» de Dilma Rousseff en 2010 et 2014.

Le personnage est calibré pour ce poste. Sollicité sans cesse pour dénouer des crises et arracher des compromis, il complète parfaitement une cheffe de l’Etat plus raide et plus doctrinaire. Au point que certains ont pu croire que son ambition s’arrêterait là. Grossière erreur. A partir du moment où la présidente s’est mise à vaciller sous les feux croisés de la crise économique et du scandale Petrobras, son second a commencé à prendre ses distances.

Un premier pas de côté a été l’envoi d’une carte de protestation à Dilma Roussef en décembre dernier. Une carte dans laquelle le politicien exprimait sa déception de n’être qu’un «vice-président décoratif». Le message, censé être de nature privée, s’est vite retrouvé dans la sphère publique. A la suite d’une erreur, a juré son auteur sans convaincre. Puis d’autres gestes ont suivi, toujours plus lourds au fur et à mesure que la crise empirait à la tête de l’Etat. Jusqu’au moment où l’affaiblissement de la présidente a paru si définitif que le PMDB lui a publiquement retiré son soutien. La condamnant, pratiquement, à la destitution.

Michel Temer a tenu à jouer jusqu’au bout les modérés, pour laisser le rôle d’incendiaire à son camarade de parti, le président de la chambre des députés Eduardo Cunha. Mais nombre de Brésiliens considèrent qu’il est la véritable âme du complot. Et qu’à côté de lui, comme l’ont dit certains, «Juda est un débutant».

La manoeuvre a fonctionné mais elle a souverainement déplu à nombre d’électeurs. Et pas seulement aux partisans de Dilma Rousseff. Selon un récent sondage de l’Institut brésilien d’opinion publique et de statistiques (Ibope), 62% des Brésiliens auraient préféré un règlement du contentieux par les urnes.

Le nouveau chef de l’Etat aura besoin de tout son talent pour garder son poste jusqu’à la prochaine élection présidentielle, prévue en 2018. S’il n’est pas lui-même rattrapé par les affaires et n’est pas à son tour victime d’une procédure de destitution, il se retrouvera face aux mêmes problèmes économiques et politiques qui ont fait tomber Dilma Rousseff. Soit à une grave récession, marquée par une contraction attendue du Produit national brut de 3,8% en 2016. Et aux suites de l’énorme scandale Petrobras, qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

«Nous avons peu de temps mais nous nous efforcerons de mettre en place les réformes dont le Brésil a besoin», a déclaré jeudi Michel Temer, lors de sa prise de fonction au palais présidentiel de Planalto. Un virage à droite est programmé. Si le président a promis de conserver l’essentiel des programmes sociaux mis en place par ses prédécesseurs, il s’est engagé à équilibrer le budget de l’Etat et à ramener l’inflation sous la barre des 10%. Et comme pour souligner son souci d’austérité, il s’est lui-même donné un gouvernement réduit à 22 personnes, contre 31 auparavant. Un gouvernement au sein duquel ne figure plus ni Noir, ni femme.

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