Il ne fait pas bon être Suisse quand on fait de la politique aux Etats-Unis. La républicaine et égérie du Tea Party Michele Bachmann (photo Jewel Samad/AFP), membre du Congrès, annonçait en grande pompe mardi, devant une délégation de parlementaires suisses en visite à Washington, qu’elle avait obtenu la nationalité suisse le 19 mars dernier et qu’elle était désormais binationale. Deux jours plus tard, l’idylle entre l’épouse d’un fils d’immigrés suisses du Wisconsin et la Suisse est déjà terminée. Jeudi, Michele Bachmann a envoyé une lettre au consulat de Suisse à Chicago demandant de renoncer à sa nationalité suisse.

La républicaine du Tea Party explique ce retournement spectaculaire dans Politico: «J’ai décidé d’agir ainsi car je veux être très claire: je suis née aux Etats-Unis et je suis fière d’être une citoyenne américaine. Je suis et j’ai toujours été 100% dédiée à notre Constitution [américaine] et aux Etats-Unis. En tant que fille d’un vétéran de l’Air Force, belle-fille d’une ancienne membre de l’armée et ayant une sœur qui a officié au sein de la Marine, je suis fière de mon allégeance à la plus grande nation que le monde ait jamais connue.»

La relation entre Michele Bachmann et la Suisse en devient très confuse. Mardi, la représentante de l’Etat du Minnesota au Congrès déclarait à la télévision suisse qu’elle venait d’acquérir la nationalité suisse. Or elle l’avait déjà depuis 1978 par son mariage avec Marcus Bachmann. En vertu du droit suisse de l’époque, l’épouse d’un Suisse (dont les parents ont émigré d’Argovie pour s’installer dans le Wisconsin) acquérait automatiquement la nationalité. Selon Michele Bachmann, «nous avons simplement mis à jour nos documents de famille». Le mariage n’était, il est vrai, pas enregistré auprès de la commune d’origine en Suisse avant 2012. Pour la républicaine, cette question de double nationalité est une «non-histoire».

Or Michele Bachmann était l’automne dernier encore candidate à la présidence des Etats-Unis et disputait les primaires républicaines. Certains se demandent dès lors pourquoi elle n’a pas révélé sa double nationalité quand elle se porta candidate au Congrès et plus récemment à la Maison-Blanche. Le porte-parole de Michele Bachmann le précise clairement à Politico: elle n’avait pas besoin de le faire, car elle a un certificat de naissance et un passeport américains. De fait, aucune règle du Capitole n’impose à un parlementaire de révéler sa double nationalité.

Dans cette affaire, les Suisses préfèrent garder profil bas, ne commentant pas cet étonnant retournement. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Le chroniqueur ultra-conservateur de la National Review Mark Krikorian, un militant anti-immigration, est sorti de ses gonds. Jusqu’ici, il avait de l’estime pour Michele Bachmann, la voyant bien décrocher non la présidence, mais au moins un portefeuille de ministre. Quand il a appris qu’elle avait la double nationalité, son sang n’a fait qu’un tour: «La double citoyenneté n’est pas simplement une affaire de convenance, une manière de voyager plus facilement […]. C’est une déclaration formelle de double allégeance, de bigamie civique, si vous voulez. Comme Théodore Roosevelt l’affirmait: «Il ne peut pas y avoir de double allégeance ici. Tout homme qui dit être Américain, mais aussi autre chose, n’est pas du tout Américain.» Mark Krikorian salue les qualités de la Suisse, dont celle d’avoir résisté aux nazis. Mais pour lui, elle reste un pays étranger. Et si Michele Bachmann se réclame de la nationalité américaine et suisse, c’est «une insulte aux deux pays».

Manifestement, Mark Krikorian a eu un impact sur Michele Bachmann qui, en renonçant à la nationalité suisse, n’a peut-être pas perdu espoir d’être à nouveau candidate à la Maison-Blanche dans quelques années.

Ce billet est extrait du blog de Stéphane Bussard, l’Amérique dans tous ses Etats