ONU

Michelle Bachelet: «Les inégalités minent la paix»

La haut-commissaire aux droits de l’homme a présenté son premier rapport mercredi au Conseil des droits de l’homme. Son style diffère de celui de son prédécesseur. Il repose sur son expérience politique d’ex-présidente du Chili

L’un est issu de la famille royale jordanienne avec le titre de prince. Il a été ambassadeur. L’autre est la fille d’un général chilien torturé par Pinochet. Elle a été présidente du Chili. Lui, c’est Zeid Ra’ad al-Hussein et elle, c’est Michelle Bachelet. La seconde a succédé au premier au poste exposé de haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme en 2018.

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Deux personnalités, deux styles. Le Jordanien ne mâchait pas ses mots pour dénoncer nommément les chefs d’Etat qui violaient gravement les droits humains. La rhétorique contre les médias du président américain Donald Trump, avançait-il, rappelait les pires moments de l’histoire du XXe siècle. Il osait même décrire le premier ministre hongrois d’archétype du «raciste». Ses mots, forts, étaient toutefois accompagnés d’une diplomatie plus discrète et musclée.

Expérience politique

Michelle Bachelet a, elle, passé du temps dans les hautes sphères politiques, exerçant la fonction de présidente du Chili à deux reprises, de 2006 à 2010 et de 2014 à 2018. Elle a même dirigé ONU Femmes à New York. La politique n’a plus de secret pour elle. Un avantage pour les uns, qui la rend plus à même de cerner les sensibilités des Etats membres de l’ONU et de négocier avec eux.

Un désavantage pour d’autres, qui pourrait la pousser à ne pas trop froisser les auteurs de graves violations des droits humains. Mercredi, dans son premier rapport présenté au Conseil des droits de l’homme, Michelle Bachelet a souligné l’usage excessif de la force au Soudan, au Zimbabwe, en Haïti, où les conditions économiques ont poussé des gens à manifester dans la rue. A la surprise de l’Elysée qui ne pensait pas un jour figurer entre Haïti et le Venezuela, la Chilienne a même mentionné la France, l’exhortant à mener des enquêtes sur tous les cas d’usage excessif de la force dans le cadre de la protestation des «gilets jaunes».

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Les inégalités, thème central

Si la socialiste chilienne a placé la France en si bonne compagnie, c’est parce qu’elle voit dans les «gilets jaunes» l’exemple type d’une colère légitime contre les inégalités qui ont été le thème central de son discours devant le CDH. Considérant les droits humains comme indivisibles, la haut-commissaire établit un lien direct entre la violation des droits civils et politiques et les droits économiques et sociaux.

Au Venezuela, souligne-t-elle, «les graves violations des droits civils et politiques […] peuvent accentuer le déclin des droits économiques et sociaux». Et vice versa. Dans les territoires occupés palestiniens, poursuit-elle, le blocus de douze ans contre Gaza a eu un impact dévastateur: croissance négative, dégradation de l’environnement, chômage à plus de 50% et dépendance à 70% de l’aide humanitaire.

Chine: un bilan contrasté

Pour Michelle Bachelet, les inégalités concernent tous les pays, même les plus prospères. C’est pourquoi elle avertit: «Les inégalités et l’incapacité de respecter tous les droits humains peuvent éroder les trois piliers de l’ONU: la paix et la sécurité, le développement et les droits humains.» La haut-commissaire a dressé un bilan contrasté pour la Chine et l’Inde, soulignant le fait positif que les deux pays ont extrait de la pauvreté des millions de personnes. Mais «des communautés et individus ont été laissés de côté», explique-t-elle, se référant notamment aux «disparitions forcées et détentions arbitraires» perpétrées par les autorités chinoises dans la communauté ouïgoure du Xinjiang.

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Les inégalités poussant de nombreuses personnes à prendre la route de l’exil ont un lien direct avec la migration. Michelle Bachelet s’est dite inquiète face au refus des Etats-Unis d’ouvrir des procédures d’asile pour les réfugiés et a déploré que des milliers d’enfants aient été séparés de leurs familles. Elle a en revanche salué l’attitude de l’Allemagne pour intégrer les migrants dans son économie et les législations plus favorables aux migrants adoptées en Finlande, en Espagne et au Portugal. Dans un esprit constructif, la haut-commissaire a aussi encouragé l’Ethiopie à poursuivre ses réformes «dont elle peut être fière», notamment en matière de parité de genre atteinte au sein du gouvernement actuel.

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