Droits humains

Michelle Bachelet et l’Italie: déjà un bras de fer

Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, réfute toute accusation de racisme et dit réfléchir à une réduction possible de la contribution italienne à l’ONU

Changement de patron au Palais Wilson à Genève et changement de gouvernement italien. A priori, ces deux événements, qui ont eu lieu au début de septembre pour le premier et en juin pour le second, n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Et pourtant. Les propos de la nouvelle haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, dans son premier discours au Conseil des droits de l’homme (CDH) lundi ont suscité de violentes réactions en Italie.

La Chilienne a annoncé son intention d’envoyer une de ses équipes dans la Péninsule pour faire le point sur la «forte augmentation d’actes de violence et de racisme dont sont victimes les migrants, les personnes d’origine africaine et les Roms».

Pas de leçon

Le ministre de l’Intérieur et fer de lance de la Lega, Matteo Salvini, a très peu goûté l’allocution: «Les Nations unies sont une organisation qui coûte des milliards d’euros et à laquelle l’Italie donne plus de 100 millions de cotisations par an.» Il promet déjà de réfléchir à réduire la contribution italienne aux Nations unies, un organisme qui gaspillerait et détournerait selon lui les deniers publics et «qui voudrait faire la leçon aux Italiens». Le ministre d’extrême droite estime que l’ONU devrait davantage s’occuper des pays qui torturent, qui persécutent les homosexuels et qui permettent les mariages «d’enfants».

Le chef de la diplomatie, Enzo Moavero Milanesi, estime que la haut-commissaire n’aurait pas dû utiliser des vocables aussi «inappropriés». Quant au journal de droite Il Giornale, titillé par l’ONG UN Watch, il fustige Michelle Bachelet qui, par le passé, aurait snobé l’opposition cubaine lors d’une visite au président cubain Raul Castro ou aurait fait l’éloge de Fidel Castro et d’Hugo Chavez.

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Mardi, la sensibilité aux propos de Michelle Bachelet semblait moins à fleur de peau au CDH à Genève où l’ambassadeur d’Italie a souhaité les meilleurs vœux à la haut-commissaire pour son nouveau mandat. Gian Lorenzo Cornado a notamment déclaré: «Nous continuons à nous engager à protéger les droits de l’homme des migrants et réfugiés. Mais nous plaidons aussi pour une gouvernance internationale et effective de la migration […]. L’Italie continue à sauver des migrants en mer. Depuis 2013, elle a réussi à venir au secours de plus de 300 000 personnes en Méditerranée.»

Visite déjà en 2016

La réaction épidermique d’une partie des politiques italiens contraste avec la réaction de l’Allemagne. Dans son intervention au CDH, le représentant allemand a adressé ses vifs encouragements à Michelle Bachelet, promettant de garantir son indépendance. Il a salué la clarté de ses déclarations sur la situation des droits de l’homme dans le monde, y compris sur les «événements préoccupants» intervenus récemment à Chemnitz en ex-Allemagne de l’Est.

Quant aux experts du Haut-Commissariat qui se rendront en Italie, ils n’auraient pas dû susciter un tel tollé. Ce type de démarche est habituel. En juin 2016, une telle équipe avait déjà enquêté dans la Péninsule. Le chef du gouvernement était à l’époque Matteo Renzi, du Parti démocrate…

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