Michelle Obama en Chine ou la diplomatie de l’humain

Etats-Unis La First Lady a achevéun voyage de sept jours en Chine

Elle a parlé de liberté d’expression et du droit des minorités

Tai-chi, jianzi et ping-pong, mais aussi visite de la Grande Muraille, des guerriers en terre cuite de Xian et de la Cité interdite avec Peng Liyuan, ancienne chanteuse et épouse du président chinois Xi Jinping. Au cours d’un voyage de sept jours en Chine qui s’est achevé mercredi, Michelle Obama a fait une immersion dans la culture de la seconde puissance économique mondiale. Aux Etats-Unis, les plus critiques se sont interrogés sur l’utilité d’un voyage cher et en apparence sans grande plus-value tant l’épouse du président des Etats-Unis semblait vouloir l’axer sur les seules questions d’éducation et éviter les dossiers qui dérangent Pékin: droits des minorités, liberté d’expression et d’Internet.

Or Michelle Obama, 50 ans, n’est pas réputée pour être timide. Elle passe plutôt pour une femme capable de galvaniser les foules. Lors de la campagne présidentielle de 2008, elle avait su jouer un rôle très politique. A Charlotte en 2012, elle avait enflammé la Convention démocrate. Son engagement public en faveur de l’Affordable Care Act, la réforme de la Santé, n’est pas passé inaperçu. Pourtant, la First Lady apparaît désormais comme une première dame peu politisée, plus intéressée par ses actions contre l’obésité à travers son organisation Let’s Move que par la politique de Washington.

En Chine, Michelle Obama fut en apparence l’antithèse de la très politique Hillary Clinton. En 1995, alors qu’elle était First Lady, cette dernière avait tenu un discours mémorable à la Conférence mondiale des Nations unies sur les femmes à Pékin, jugeant impératif de considérer les droits des femmes comme des droits humains à part entière et condamnant la pratique des avortements forcés. Les milieux féministes du monde entier avaient applaudi. L’allocution avait toutefois été censurée par les autorités chinoises, qui n’ont toujours pas oublié.

Michelle Obama a joué une partition plus subtile qui a peut-être eu moins d’écho en Occident, mais qui pourrait avoir eu davantage d’impact en Chine. En présentant aux Chinois l’image de trois générations, ses deux filles, Malia, 15 ans, Sasha, 12 ans, et sa mère Marian Robinson, 76 ans, Michelle Obama a usé de l’image de la famille, importante en Chine. Elle a surtout raconté en termes personnels le parcours d’une petite fille du South Side de Chicago qui se levait à 5 heures du matin pour étudier avant d’aller à l’école. En tant qu’Afro-Américaine, elle a insisté sur son statut de minoritaire et sur la lutte des droits civiques des années 1960 qui lui a permis d’accéder à l’une des grandes universités du pays pour devenir une brillante avocate. L’allusion aux problèmes des minorités tibétaine et ouïgoure était bien réelle sans être frontale. La First Lady a enfin émis un message silencieux mais visible en achevant son périple dans un restaurant tibétain de Chengdu, la capitale du Sichuan, avec au menu une soupe à la viande de yack.

La liberté d’expression fut un autre sujet que cette femme à la forte personnalité a abordé devant des étudiants du Centre Stanford de l’Université de Pékin. Là aussi, refus de faire la leçon aux Chinois. La First Lady raconte que la liberté d’expression en Amérique lui vaut à elle et à son mari président une foule de critiques. «Ce n’est pas toujours facile, a-t-elle déclaré, mais je n’échangerais avec autre chose pour rien au monde.» La télévision CCTV et les journaux proches du pouvoir ont censuré le passage. Mais contrairement au discours d’Hillary Clinton qui n’arriva jamais aux oreilles de la population chinoise, Pékin a autorisé la diffusion des propos de Michelle Obama sur Sina Weibo, le Twitter chinois qui compte quelque 50 millions d’utilisateurs. Selon l’ambassade des Etats-Unis à Pékin, un milliard de vidéos, images et articles à propos de la First Lady ont été vus et lus durant son séjour.

La première dame, qui trône en maîtresse de maison dans l’East Wing de la Maison-Blanche, mettant un accent particulier sur la vie familiale, n’a apparemment pas d’agenda politique personnel. Le soft power qu’elle a exercé en Chine relevait dès lors moins de calculs politiques personnels et davantage d’une diplomatie de l’humain. Sa rencontre avec Peng Liyuan dans un pays qui ne connaît pas la notion de First Lady pourrait ouvrir un nouveau canal diplomatique. Certaines voix à Washington critiquent Michelle Obama de ne pas en faire assez. Elle leur rétorque qu’elle le fait différemment.

Pékin a autorisé la diffusion de ses propos sur le Twitter chinois: 50 millions d’utilisateurs