Michelle Obama a-t-elle asséné un coup fatal à Donald Trump? Jeudi à Manchester dans le New Hampshire, elle a sans doute tenu le discours le plus puissant prononcé par une First Lady depuis Eleanor Roosevelt. Le plus fort de cette présidentielle 2016, mais aussi le plus personnel. Avec parfois des trémolos dans la voix, elle a laissé parler ses tripes. Elle a très peu parlé des politiques que Hillary Clinton entend mettre en place si elle accède à la Maison-Blanche.

«Cela m’a ébranlée au plus profond de moi»

Elle a surtout pris pour cible ce que représente Donald Trump, un homme vulgaire et machiste qui représente l’Amérique du passé et qui se vante d’avoir abusé sexuellement une femme mariée dans une vidéo de 2005 diffusée voici quelques jours par le Washington Post. La vidéo, admet la First Lady, était une confirmation du profil de quasi-prédateur de Donald Trump, un terme utilisé pour décrire les récidivistes qui se rendent coupables d’abus sexuels: «Assez, c’est assez, a-t-elle lâché. Je n’arrête pas d’y penser. Cela m’a ébranlée au plus profond de moi d’une manière que je n’aurais jamais imaginé.»

Pour Michelle Obama, l’heure est grave. Si les Américains élisent le candidat républicain le 8 novembre, «alors nous envoyons un message clair à nos enfants en leur disant que tout ce qu’on voit et qu’on entend est tout à fait acceptable. Nous le validons, nous l’encourageons. Nous disons à nos fils que c’est ok d’humilier les femmes. Nous disons à nos filles que c’est ainsi qu’elles méritent d’être traitées. Nous disons à tous nos enfants que le fanatisme et l’intimidation sont deux traits de caractère acceptables chez le dirigeant de leur pays.» Sans prononcer une seule fois le nom de Donald Trump, Michelle Obama, diplômée de Princeton et d’Harvard, a relevé qu’il n’est pas possible de «balayer» cette affaire sous le tapis.

Plusieurs femmes dénoncent Trump

Le discours de Manchester restera dans l’histoire, car il marque un sursaut de la dignité humaine dans une campagne électorale qui offre une triste vitrine de la démocratie. Pour Susan Dominus du New York Times, aussi sordide soit-elle, la campagne présidentielle a «placé les questions de sexe, de pouvoir et de genre au centre du débat national et non plus en périphérie comme sont généralement reléguées par les médias les questions liées aux femmes».

L’affaire Trump a produit un effet boule de neige. Plus de six femmes viennent de déclarer avoir subi des abus sexuels de la part de Donald Trump. Et de nouveaux témoignages ne cessent de tomber un peu à l’image de l’affaire Bill Cosby, la star de la télévision accusée d’avoir violé une femme. Après cette révélation, d’autres femmes avaient décidé de briser le silence. Dans les rangs républicains, la tournure des événements provoque un vent de panique. Des donateurs exhortent les républicains à retirer leur soutien à Donald Trump.

La victimisation comme seule réponse

Ripostant à ce torrent de mauvaises nouvelles, le candidat républicain a brossé un portrait apocalyptique de l’Amérique lors d’un meeting électoral en Floride jeudi. Pour l’homme d’affaires new-yorkais à court d’arguments, cette série d’attaques contre sa personne relève d’un complot ourdi par l’équipe de campagne de Hillary Clinton et des médias. Acculé, en chute libre dans certains sondages, Donald Trump a trouvé une nouvelle arme: la victimisation.

Il dit accepter les attaques, car lui seul est capable de restaurer la civilisation en Amérique. Même parmi ses plus fervents défenseurs, l’ex-président de la Chambre des représentants Newt Gingrich, qui aurait aimé être le colistier du tribun new-yorkais, l’avoue sur Fox News: «Il y a un grand et il y a un petit Trump. Le petit Trump est franchement pathétique.»

Michelle Obama, icône de l’authenticité et de la dignité

Le discours de Michelle Obama pourrait être un tournant où la décence reprend le dessus. Or ironiquement la First Lady a toujours cherché à fuir la politique sauf quand il s’est agi d’aider son mari à se faire élire et réélire à la présidence des Etats-Unis en 2008 et en 2012. Elle s’est surtout concentrée sur des actions civiques visant à combattre l’obésité des enfants par son initiative Let’s Move ou à aider les anciens combattants par le programme Joining Forces.

Jeudi à Manchester, Michelle Obama était à l’image de la famille présidentielle: elle a pris le risque politique de descendre dans l’arène pour défendre des valeurs dans lesquelles elle croit, des valeurs liées à la dignité humaine, aux principes même du vivre ensemble en démocratie. Trump aura au moins eu ce mérite: il aura fait de Michelle Obama l’icône de l’authenticité et de la dignité au service de la politique.