(Charlotte) Mercredi matin, devant sa maison du Paces Oaks Boulevard, dans la banlieue de Charlotte, Martha, Afro-Américaine dans la cinquantaine, n’en revient pas : «C’est elle qui devrait être présidente !». Elle, c’est Michelle Obama, 48 ans, qui a tenu mardi soir en ouverture de la convention démocrate l’un des discours les plus puissants qu’une First Lady ait jamais prononcé. Dans une ferveur que les démocrates n’avaient plus connue depuis 2008, les délégués ont même osé scander un slogan qui paraissait à tout jamais éculé: «Yes We Can» pour appuyer la narration de Michelle Obama.

A priori, l’épouse du président américain avait la même mission qu’Ann Romney, mariée depuis 43 ans à Mitt Romney, candidat républicain à la Maison-Blanche. Dans leur allocution devant les délégués républicains de Tampa et démocrates de Charlotte, il fallait montrer que leur mari respectif n’est pas le froid homo politicus qui tente de se connecter avec une Amérique profonde de plus en plus remontée contre la classe politique de Washington. Toutes deux ont réussi à révéler une facette plus empathique de leur conjoint. Mais là s’arrêtent sans doute les similitudes.

Dans les faits, l’articulation des deux discours fut très différente. Le verbe acéré et empreint d’une forte intensité dramatique, Michelle Obama a tenu des propos qui traduisaient une conviction personnelle issue de son parcours de vie. Elle a parlé de son père, malade, qui a tout fait pour payer des études universitaires à sa fille, de la mère de Barack qui a dû élever son fils seule. Elle a décrit ce qu’était la vraie nature du rêve américain malmené par la crise économique et l’explosion des inégalités. «Le succès ne se mesure pas à la quantité d’argent que vous gagnez, mais à l’impact que vous avez sur la vie des gens», a-t-elle déclaré.

Si aujourd’hui les Obama sont millionnaire et ont le privilège de résider à la Maison-Blanche, c’est parce que le premier président noir des Etats-Unis a dû lutter pour y arriver. L’action que mène Barack Obama n’est pas «politique, elle est personnelle », insiste la First Lady. A Tampa, hormis son combat acharné contre la sclérose en plaques qui a révélé sa grande combattivité, Ann Romney n’a pas évoqué un passé de lutte pour illustrer le succès de son mari à la tête de Bain Capital, la société de capital-investissement. A leur manière, les deux dames ont incarné le choix radicalement différent auquel sont confrontés les Américains dans les élections de novembre. Cela s’est matérialisé jusque dans la robe que chacune portait. La première était habillée par la styliste afro-américaine de New York Tracy Reese dont les robes comme celle que portait la First Lady s’achètent entre 400 et 450 dollars, un prix abordable pour la classe moyenne. Ann Romney était habillée par le styliste dominicain Oscar de la Renta dont la robe valait 1200 dollars.

Sans prononcer une seule fois le nom de Mitt Romney, Michelle Obama a délivré un message beaucoup plus politique qu’il n’y paraît. Raconter l’histoire familiale, c’était un moyen de mieux souligner la nécessité de garantir ce pour quoi Martin Luther King se battait : la justice sociale. Ann Romney n’a pas l’expérience, ni l’assurance de la First Lady. Plus discrète et réservée, elle est restée dans le registre des émotions pour humaniser le profil de Mitt Romney.

Michelle Obama et Ann Romney ont toutes deux dynamisé le vote des femmes, qui sera crucial lors de la présidentielle du 6 novembre. La première a embrasé la Times Warner Cable Arena de Charlotte en martelant que les femmes devaient être libres de décider d’elles-mêmes ce qu’elles font de leur corps, notamment en matière d’avortement. La seconde a réussi à faire bondir les intentions de vote des femmes républicaines en faveur de Mitt Romney.

Michelle Obama n’en a pas moins marqué le début de la convention: même l’acerbe Karl Rove, ex-stratège de George W. Bush, a dû admettre sur Fox News que la First Lady avait délivré une «très bonne prestation». Le chroniqueur conservateur David Brooks est allé plus loin. C’était un coup de « génie ».