L'Etat américain du Michigan a annoncé mercredi des poursuites judiciaires contre deux entreprises, dont le français Veolia, qu'il accuse de «fraude» et de «négligence» dans le scandale sanitaire lié à la contamination de l'eau au plomb dans la ville de Flint. L'autre société traînée devant la justice est la compagnie américaine Lockwood, Andrews & Newnam (LAN), basée à Houston (Texas).

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Veolia avait signé un contrat avec la ville de Flint en février 2015 afin de vérifier si l'eau était potable, selon les autorités. Le groupe français aurait affirmé, selon le procureur général du Michigan Bill Schuette, dans au moins un rapport et lors d'une présentation publique, que cette eau «répondait aux critères fédéraux devant être remplis pour qu'une eau soit déclarée potable». Il est également reproché à Veolia de n'avoir pas détecté la corrosion recouvrant les canalisations.

Leurs recommandations frauduleuses et dangereuses (de Veolia et LAN) ont aggravé une situation qui était déjà mauvaise

Le Michigan réclame des dommages et intérêts pouvant atteindre des centaines de millions de dollars. «Beaucoup de choses ont tourné au tragique à Flint, et (...) cela a nui aux familles de Flint et aux contribuables du Michigan», a déploré Bill Schuette dans un communiqué.

«A Flint, Veolia et LAN ont été choisis pour effectuer un travail et ils ont lamentablement échoué. Leurs recommandations frauduleuses et dangereuses ont aggravé une situation qui était déjà mauvaise», a-t-il enfoncé. Pour le procureur, le but de l'action judiciaire est «de tenir responsable Veolia de ses négligence et fraude professionnelles qui ont fait empirer la contamination de l'eau de Flint et créé une nuisance publique continue».

Veolia nie en bloc

Se disant «consterné» par cette plainte visant sa filiale nord-américaine, Veolia a qualifié les accusations de «totalement fausses et infondées». «Veolia Amérique du nord n'a été missionnée par la ville de Flint qu'une seule fois et pour un seul mois, en 2015. La mission qui lui a été confiée portait sur l'analyse des effets résiduels du processus de chloration (sous-produits de désinfection) de l'eau potable de la ville», a réagi le groupe.

Et de poursuivre: «A aucun moment, le périmètre d'intervention de Veolia Amérique du nord n'a inclus de tests sur le plomb ou le cuivre, ces tests étant réalisés par une autre société».

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Flint recevait son eau potable du lac Huron, par Detroit, jusqu'en avril 2014, quand les services du gouverneur républicain Rick Snyder ont décidé d'alimenter Flint en eau de la rivière locale, pourtant acide. Il est désormais établi qu'environ 100 dollars par jour auraient permis d'ajouter des produits anticorrosion préservant le réseau de distribution. Cela n'a pas été fait, par souci d'économie dérisoire. Résultat, l'eau a rongé les conduites, libérant le plomb qui les compose.

Jusqu'à la révélation du scandale mi-2015, les citoyens de Flint ont bu une eau gravement contaminée au plomb, qui peut perturber le développement psychomoteur des enfants et être à l'origine de maladies graves.