Migrants

Pour les migrants accueillis en France voisine, Calais, c’était mieux

Des réfugiés de l’ancien camp sont désormais hébergés dans l’Ain et en Haute-Savoie. A Bellignat, l’accueil se met doucement en place tandis qu’en Haute-Savoie l’extrême droite descend dans la rue

Ils se traînent plus qu’ils ne vaquent. Faute d’occupation, à cause de la fatigue aussi. Ils sont arrivés mardi dernier en autocar depuis Calais, soit 750 km. Le préfet de l’Ain les attendait, ainsi que le commandant de la gendarmerie, le maire de Bellignat et les personnels de l’association Alpha3a qui gère le centre d’accueil et d’orientation (CAO) où ils ont échoué. Ils sont 47, jeunes, que des hommes, des Soudanais, des Erythréens, des Tchadiens. Tous voulaient aller en Bretagne, la région Auvergne Rhône-Alpes était leur second choix, «mais en Bretagne nous aurions été séparés, ici on est ensemble alors on est monté dans le bus», explique Hassan. Il est Tchadien, parle bien le français et est leur porte-parole. Hassan était policier dans son pays. Opposant au régime, il a été torturé puis a fui par la Libye et la mer jusqu’en Italie dans un petit bateau gonflable.

Un départ précipité

Bellignat, 3600 habitants, tout près d’Oyonnax (80 km de Genève), est une bourgade tranquille. «Trop tranquille. On se demande pourquoi ils les ont parachutés ici, ils vont s’ennuyer» disent des messieurs attablés au bar le Renouillu. Aucune animosité, plutôt de la compassion. «On est presque 8 millions d’habitants dans la région Auvergne Rhône-Alpes et on va recevoir 1800 réfugiés, il y a en a qui disent qu’on est envahi, c’est de la connerie» lâche quelqu’un.

Le CAO est en bout de ville, dans une cité de petits immeubles plutôt coquets. Alexis Viallet, l’assistant social d’Alph3a, pense que les migrants vont rester trois mois à Bellignat «mais rien n’est sûr car une demande d’asile c’est très long». D’autant qu’à Calais les départs, il y a une semaine, se sont faits dans la précipitation. «Des familles ont été séparées, des dossiers de régularisation sont restés dans le Nord, il faut les retrouver puis les envoyer à Bourg-en-Bresse» témoigne Alexis. L’Ain va héberger en tout une centaine de migrants de Calais. Une cinquantaine de mineurs non accompagnés sont encore attendus à Bourg-en-Bresse.

«Et pourquoi pas aller en Suisse?»

Dehors une brume maussade n’incite pas à mettre le nez dehors. Hassan dit haut ce que les autres pensent: «Calais c’était mieux». Il explique: «Si les réfugiés vont là-bas ce n’est pas pour passer en Angleterre, c’est parce qu’il y a des organisations humanitaires qui aident pour avoir des papiers, avoir à manger, des habits et se laver. On avait la wifi pour parler avec la famille, la télévision pour voir le monde, sept mosquées et une église. C’était bien organisé. La violence, c’était la faute des Afghans et des Ethiopiens. Nous, on est pacifique et respectueux». Il poursuit: «Ici il n’y a rien, pas de wi-fi, pas de télévision et pas de casseroles». Les packs de laits reçus sont périmés depuis le mois de juillet. Sardines en boîte et pâtes composent leur repas depuis mercredi.

Alexis Viallet indique qu’ils auront bientôt de l’argent de poche, qu’ils pourront s’approvisionner aux Restaurants du Cœur et que des habitants viendront avec du pain, des conserves et du riz. Mercredi, ils recevront des soins médicaux, seront vaccinés et passeront une radio pulmonaire. Des bénévoles leur donneront des cours de français. Ensuite? Si la demande d’asile aboutit, le bénéficiaire est transféré dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) et peut commencer à chercher un travail. Pour les déboutés, c’est la reconduite à la frontière. Hassan confie que beaucoup de ses amis rêvent de remonter là-haut, à Calais, «parce que le camp va forcément rouvrir». Ils ont appris aussi que la Suisse n’était pas loin, ce qui donne des idées à certains. «Combien de kilomètres?» demandent-ils.

L’opposition du Front national

En Haute-Savoie, 150 migrants sont attendus. Un premier car transportant 60 personnes est arrivé discrètement dans la nuit de jeudi à Annecy. Elles sont logées dans une annexe du palais de Justice. D’autres réfugiés rallieront Annemasse cette semaine. Ceux-ci feraient partie du millier de récalcitrants qui ont refusé de quitter Calais, croit savoir un élu d’Annemasse. La Préfecture de Haute-Savoie ne fournit aucune précision sur le centre qui les recevra, par crainte de débordement. Le Front national (FN) est en effet très mobilisé contre la venue de ces migrants. A Chamonix où Eric Fournier, le maire, s’est engagé à recevoir trois familles, les militants d’extrême droite se sont heurtés l’autre dimanche à des contre-manifestants favorables «à une prise en charge solidaire des réfugiés».

Vincent Lecaillon, le secrétaire départemental du FN, explique au «Temps»: «Il faut d’abord loger les Français. L’hiver dernier, un couple de saisonniers venu travailler dans la station est mort intoxiqué dans son camion aménagé». Le FN s’en prend aussi au président de la région, Laurent Wauquiez, très proche de Nicolas Sarkozy, qui a vivement critiqué le plan gouvernemental de répartition des migrants. «Ça ne résout pas Calais, ça multiplie des petits Calais partout en France» arguait-il. Samedi, partisans et opposants se sont également confrontés à Annecy. Une autre manifestation prévue à Annemasse a été interdite pour des raisons de sécurité. Un conseiller municipal frontiste juge même que ces réfugiés «ne sont pas de culture et confession chrétienne et que des terroristes se sont sans doute infiltrés parmi eux».

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