1956, 2015: ces dates marquent l’histoire des migrations européennes. En 1956, les pays occidentaux déployaient en un temps record de grands moyens financiers et logistiques pour accueillir 200 000 exilés hongrois. Soixante ans plus tard, les États européens tergiversent et se déchirent autour de la répartition de 120 000 migrants.

Dans l’Europe des années 1950, divisée entre est et ouest, le monde est plus facile à lire, souligne l’historien Gusztav Kecskés D., de l’Académie des Sciences de Hongrie, à Budapest. D’un côté, des réfugiés considérés comme des combattants contre l’oppression communiste, héroïques car ils ouvraient la première brèche dans le monolithe soviétique. De l’autre, le monde libre. «Ceux qui migrent aujourd’hui, à l’inverse, viennent de territoires lointains et fuient des situations difficiles à déchiffrer».

En 1956, selon des investigations occidentales contemporaines, une partie seulement des réfugiés hongrois pouvaient être effectivement considérés comme de réfugiés (50 à 60% d’entre eux, selon les estimations, avaient des motivations politiques quelconques). Mais cela importait peu: les pays occidentaux se sont fait un devoir moral d’accueillir autant de Hongrois que possible, et surtout de les maintenir de leur côté en favorisant leur intégration. «Ils prouvaient ainsi la supériorité du système occidental sur le système soviétique», souligne l’historien Gusztav Kecskés D.

Sans compter que les économies d’après-guerre ont besoin de main-d’œuvre. «Les migrants hongrois étaient jeunes, bien formés et chrétiens: ils étaient des réfugiés idéaux. Mais, bien plus que leur qualité, c’est la volonté politique de les accueillir qui a été décisive», ajoute Gusztav Kecskés D.

Rapidement, dès le 9 novembre 1956, le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, les gouvernements et les institutions internationales se concertent pour coordonner l’aide. Les gouvernements, États-Unis en tête, débloqueront 100 millions de dollars pour organiser l’accueil des Hongrois, soit l’équivalent d’un milliard actuel.

L’ONU appelle les États à annoncer leurs capacités d’accueil. Canada, France, Grande-Bretagne et Norvège et la République fédérale d’Allemagne n’établirent pas de limite. Les pays qui fixèrent des quotas, parmi lesquels, la Suisse, finirent par les dépasser.

Au début de l’année 1957, l’OTAN souligne le danger d’une défaite politique et psychologique de l’occident, si les réfugiés retournaient en Hongrie en raison d’une mauvaise intégration dans le monde libre. Dans un rapport alors secret, elle recommande aux gouvernements de redoubler d’efforts pour l’accueil des migrants, ouvrir les universités aux étudiants, les aider à s’insérer sur le marché du travail et mobiliser les opinions publiques en faveur des Hongrois.