Le Temps: Dans quelles conditions vivent actuellement les migrants tunisiens qui sont arrivés à Lampedusa?

Jemini Pandya: Elles sont difficiles, car près de 1400 immigrés vivent toujours sur l’île alors que le centre d’hébergement est prévu pour 800 personnes. La semaine dernière, le centre a accueilli plus de 2000 personnes et la situation est devenue extrêmement difficile. Des migrants ont dû dormir dehors, sous l’orage. Heureusement, de nombreux Tunisiens ont été déplacés dans d’autres centres d’hébergement en Sicile et dans les Pouilles. Mais ces centres ne peuvent accueillir respectivement que 750 et 2000 personnes, or, 5000 migrants sont arrivés en très peu de temps.

– La situation politique instable qui règne en Tunisie aide-t-elle ces personnes à acquérir un permis de séjour?

– Les autorités n’ont pas encore pu parler à tous les arrivants. Certains migrants font le voyage pour trouver du travail ou rejoindre leur famille déjà installée en Europe. D’autre ont besoin de protection à cause de la situation politique. Les gens ne cherchent pas uniquement l’asile en cas de guerre civile.

– Comment les autorités gèrent-elles la situation?

– Le centre d’hébergement de Lampedusa était fermé depuis plus d’un an parce que la Libye avait commencé à lutter contre l’immigration clandestine et qu’il n’était plus nécessaire. Mais quand on a demandé la réouverture du centre, le 11 février, les autorités ont réagi immédiatement. Ce sont les Italiens qui nous ont demandé de venir ainsi qu’à nos partenaires comme le HCR ou Save the children. Ils ne l’auraient pas fait s’ils se désintéressaient du sort des réfugiés. Des femmes et des enfants non accompagnés faisaient partie des arrivants et ces derniers ont besoin d’une protection spécifique.

– Craignez-vous une réaction de rejet des Italiens si les vagues d’immigration se poursuivent?

– C’est toujours un problème. Sur le terrain, nous servons de médiateur entre les immigrés et la population de Lampedusa. Il est important que la communication soit maintenue afin que la situation ne dégénère pas. Nous demandons par exemple aux immigrés d’être rentrés au centre d’hébergement à 21h00 le soir, bien que ce dernier ne soit pas fermé, afin que la population puisse garder ses distances.

– La Libye a longtemps été un point de passage privilégié pour les immigrés africains. Pensez-vous que les heurts qui agitent le pays et la destitution éventuelle de Mouammar Kadhafi pourraient entraîner une nouvelle vague de réfugiés?

– Il est trop tôt pour envisager de telles éventualités. Il est vrai que la Libye a servi de zone de transit pour les candidats à l’immigration, mais cette route est fermée depuis plus d’un an et demi. Un million et demi d’immigrés en provenance de l’Afrique et même de l’Asie vivent en Libye, mais les autorités exercent toujours une surveillance sur leurs côtes. En Tunisie, on n’a vu les conséquences des heurts politiques sur l’immigration qu’un mois après les événements. Les Libyens ne sont en général pas candidats à l’immigration car le pays bénéficie d’un bon système de santé et d’éducation et que les salaires y sont élevés. Ils ne partent pas pour des raisons économiques.