A l’intérieur de l’école, les sièges et tables des élèves sont entassés dans un coin pour laisser place à des matelas très fins. Des enfants zigzaguent gaiement en essayant de s’attraper. Il est déjà tard mais personne ne songe à les coucher. Au moins, ils ne pensent plus aux violences. Dehors, l’ambiance est plus lourde. Les hommes sont rassemblés sur des marches qui bordent la cour de récréation. Dans l’obscurité, difficile de déchiffrer les visages mais, à la gravité des histoires qu’ils ressassent, on imagine leurs rictus de douleur. «Peur, kalachnikov, milices, viols, kidnapping, argent, bateau, Europe» sont les mots qui structurent les récits.

Nous n’accueillons que des migrants, car les déplacés libyens, eux aussi relogés dans des écoles, ne veulent pas côtoyer des étrangers, surtout des Noirs. Ils ont peur des maladies

Anas, volontaire du Croissant-Rouge

Nous n’accueillons que des migrants, car les déplacés libyens, eux aussi relogés dans des écoles, ne veulent pas côtoyer des étrangers, surtout des Noirs. Ils ont peur des maladies

Anas, volontaire du Croissant-Rouge

Mohamed Omar Aboubakar Hassan a quitté le Darfour, au Soudan, en 2012. Il a d’abord fui en Egypte où il a reçu une pièce d’identité du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). Il a travaillé là-bas plus de six ans. Et puis, les relations entre les deux pays se sont tendues. Les policiers égyptiens avaient ordre de faire la chasse aux Soudanais. Avec sa femme, il décide de partir en Libye, en octobre 2018. «Sur la route, on a été kidnappés deux fois par des milices à Musaid [à la frontière libyano-égyptienne] puis à Bani Walid [à 170 km au sud-est de Tripoli]. A chaque fois, nous avons été séparés. La nuit, je l’entendais pleurer. Je pense qu’elle a été violée, mais elle n’a jamais voulu m’en parler. Finalement, on est arrivés à Tripoli, dans le quartier d’Abou Salim. Mais, quelques jours plus tard, la bataille commençait. L’immeuble à côté du nôtre a été touché par des roquettes. On s’est alors réfugiés au siège du HCR qui nous a dit de venir ici.»