Crime

Les migrants, victimes toutes désignées de la traite des êtres humains

Il ne fait pas bon être pauvre ou clandestin sur les routes du monde, dénonce l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime: toute faiblesse se paie très cher. Cinq facteurs aggravent la situation des victimes

Les migrants s’avèrent particulièrement vulnérables aux pires formes d’exploitation, de l’esclavage sexuel au travail forcé, en passant par la séquestration contre rançon et le meurtre à des fins de prélèvement d’organes. A l’heure de publier son troisième «Rapport global sur la traite des êtres humains», l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) a tenu à le rappeler en accordant une attention toute particulière à ce sujet. Un sujet qui n’a cessé de gagner en importance ces dernières années avec l’intensification des mouvements de population à travers la planète.

On peut être exploité là où l’on a grandi et là où vit sa famille, rappelle le document. Avant de citer comme exemples des banlieusards forcés à mendier au centre de leur ville ou des filles recrutées à l’école et contraintes de se prostituer sur le trottoir d’à côté. Il n’empêche que la traite des êtres humains se pratique le plus souvent à bonne distance du lieu d’origine, là où elle est susceptible de trouver de meilleures occasions de gains. Les cas recensés par l’UNODC en témoignent: 57% d’entre eux concernent des personnes séjournant dans un autre pays que le leur.

Les chiffres de la traite sont assez précisément liés à ceux des mouvements migratoires. La corrélation a été flagrante au cours de la période 2012-2014 couverte par le rapport. En Europe de l’Ouest, la plupart des victimes d’exploitation grave étaient originaires d’Europe centrale et sud-orientale (les Balkans), comme l’étaient la majorité des immigrés. Aux Etats-Unis, les deux contingents provenaient de l’Amérique latine voisine (Mexique, Caraïbes et Amérique centrale). Et dans les pays arabes du Golfe, ils étaient issus de l’Asie du Sud, ainsi que de l’Extrême-Orient.

Pour autant, tous les courants migratoires ne favorisent pas la traite dans les mêmes proportions. Le rapport signale un certain nombre de facteurs qui facilitent les abus et, de ce fait, aggravent les dangers encourus par certains ressortissants.


Des facteurs qui facilitent les abus

1. La nationalité

Le premier de ces facteurs est la nationalité des migrants. Les personnes placées dans l’impossibilité de recevoir un visa en raison de leur passeport ne renoncent pas forcément à partir. Nombre d’entre elles choisissent plutôt de voyager de manière illégale. Or, ce faisant, elles se mettent pour longtemps dans une dangereuse position de vulnérabilité. Elles sont d’abord à la merci de leurs passeurs durant les jours, les semaines ou les mois du trajet. Une fois parvenues à destination, elles demeurent ensuite sous la menace, donc sous l’emprise, de ceux qui connaissent leur situation et sont susceptibles de les dénoncer.

2. Le manque de moyens

Un deuxième facteur est le profil socio-économique des candidats au départ. Ceux qui n’ont pas de quoi payer leur voyage vont recourir à l’emprunt pour réaliser leur rêve… sans toujours se rendre compte des conditions de remboursement qui leur sont imposées. Ils se retrouvent alors bien souvent incapables de verser les sommes dues et, obligés de régler leur dette autrement, finissent exploités de toutes sortes de façons. Le rapport donne l’exemple particulièrement tragique des nombreuses jeunes Nigérianes qui reçoivent de 50 000 à 70 000 nairas (170 à 235 francs) pour gagner l’Europe après s’être engagées «sans comprendre» à rembourser la même somme en euros. Un mauvais tour de passe-passe qui les livre pieds et poings liés à des proxénètes.

3. Les réseaux criminels

Troisième facteur aggravant: la présence de réseaux criminels transnationaux dans les pays d’origine. Plus haute est leur «prévalence», assurent les experts de l’ONU, plus nombreux sont les abus. Et ce quel que soit le moment où la relation s’établit entre les deux parties, que ces organisations recrutent leurs victimes au départ, en allant les chercher, ou que leurs victimes viennent à elles, en quête d’aide pour obtenir de faux papiers ou franchir illégalement une frontière.

4. La précipitation

Un quatrième facteur est la précipitation, très présente en situation de conflit armé, lorsqu’un bombardement ou un mouvement de troupes force des civils à fuir sans avoir eu le temps de se préparer. Non seulement les réfugiés abandonnent alors leurs repères et leurs appuis, mais l’urgence de leur situation les conduit aussi «à prendre des décisions migratoires dangereuses», indique le rapport. «Le processus de traite débute souvent dans le pays d’asile, où ils ont débarqué d’une zone de conflit pour recevoir une protection. Les trafiquants tirent avantage des vulnérabilités issues du déracinement.»

5. L’accueil à l’arrivée

Un cinquième et dernier facteur est l’accueil réservé aux migrants à l’arrivée. «Dans le pays où la protection est recherchée, un individu peut être privé de toute procédure d’asile ou attendre longtemps avant que sa demande ne soit évaluée, dénonce l’UNODC. En outre, même quand ils obtiennent protection, des réfugiés peuvent recevoir un accès limité au marché du travail ou à la formation. De telles circonstances, et le manque de solution durable appropriée, placent les requérants dans les limbes, ce qui les rend vulnérables à la traite.» Aucune région du monde n’est épargnée, pas même les «destinations de rêve».


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