Le regard rivé sur le téléprompteur, droit dans ses bottes, mais mal à l’aise dans la peau d’un candidat à la vice-présidence des Etats-Unis, Mike Pence s’est présenté pour la première fois à des milliers de républicains et à des millions de téléspectateurs. Un exercice délicat pour le gouverneur de l’Indiana austère et dépourvu de la touche populiste d’un Chris Christie capable de galvaniser une assemblée. A 57 ans, cet évangélique né à Colombus en Indiana dans une famille catholique d’origine irlandaise a accepté formellement mercredi à Cleveland sa nomination comme colistier sur le ticket de Donald Trump. Dans «the Q», la salle omnisports du centre-ville accueillant la convention républicaine, il a surtout cherché à combler son déficit d’image. Selon un récent sondage de CBS, neuf Américains sur dix disent ne pas avoir d’opinion sur lui.

Mike Pence, gardien des valeurs conservatrices

A Cleveland, ce père de trois enfants a déclaré qu’il avait été un admirateur de John F. Kennedy et de Martin Luther King. Il avait même voté pour le démocrate Jimmy Carter en 1980 en vertu d’une tradition familiale avant d’embrasser la révolution conservatrice de Ronald Reagan. En tant que personnalité, il est aux antipodes de Donald Trump, le baroque milliardaire new-yorkais. A la tribune, il a apporté son soutien inconditionnel aux policiers dont huit, à Dallas et à Baton Rouge, ont été abattus par deux Afro-Américains en colère.

Le choix de Mike Pence est un pari sur lequel a surtout misé le directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort. Il devrait aider à convaincre les conservateurs sceptiques de soutenir l’incontrôlable tribun new-yorkais qui a tenu son discours d’investiture hier soir. Mike Pence est sans doute le parfait gardien des valeurs conservatrices. Le gouverneur de l’Indiana a fait les gros titres des médias outre-Atlantique en 2015 en promulguant une loi autorisant les commerçants à refuser de servir des clients gays si un tel service est perçu comme allant à l’encontre de leurs croyances religieuses. La décision fit un énorme tollé.

Porte-à-faux possible avec Donald Trump

Dépassé par la polémique, le républicain fit marche arrière sous la pression de sociétés américaines qui menaçaient de boycotter cet Etat du Midwest. L’épisode ne l’a pas empêché de signer, en mars dernier, l’une des lois les plus restrictives jamais adoptées aux Etats-Unis en matière d’avortement. Celle-ci interdit d’avorter même dans les cas où le fœtus est affecté par une trisomie. Elle est actuellement attaquée en justice.

Héraut du «Kulturkampf» contre la libéralisation de la société américaine, laquelle a accepté en un temps record la légalisation du mariage homosexuel, il pourrait être en porte-à-faux avec Donald Trump que beaucoup considèrent comme étant plutôt à gauche sur ces questions. Le milliardaire new-yorkais refuse ainsi, contrairement à une majorité de républicains du Congrès, de priver de financement Planned Parenthood, la plus grande organisation de planning familial outre-Atlantique.

En termes économiques, Mike Pence milite pour le moins d’Etat possible. En 2007, au sein la Chambre des représentants où il siégea pendant douze ans, il s’était opposé en vain à l’augmentation du salaire minimum fédéral de 5,15 à 7,25 dollars de l’heure. Il estimait qu’une telle hausse était «irresponsable». L’individualisme acharné est sa devise et l’opiniâtreté son moteur. Candidat au Congrès en 1988 et en 1990, il avait parcouru plus de 460 kilomètres à vélo pour convaincre ses électeurs. Il échoua et fut même happé par un scandale après avoir financé une hypothèque grâce à des fonds de campagne.

Séduire l’électorat blanc

Incarnation de l’Américain blanc peu enclin au conservatisme compassionnel, Mike Pence conforte la stratégie de Donald Trump visant à miser sur un électorat blanc particulièrement remonté contre Washington, Wall Street et la globalisation. C’est là sans doute la grande faiblesse du choix opéré par le New-Yorkais. Mike Pence ne va pas aider le candidat à la Maison-Blanche à élargir son électorat aux minorités hispanique, afro-américaine et asiatique.

L’autre interrogation relève de son interaction avec Donald Trump. A Cleveland, le gouverneur de l’Indiana a surtout officié en homme lige, soulignant les qualités du New-Yorkais, un homme «authentique, indépendant et qui refuse l’ineptie». En décembre 2015, ce diplômé en droit avait néanmoins critiqué l’appel de Donald Trump à interdire les musulmans d’entrée aux Etats-Unis, jugeant la mesure «anticonstitutionnelle». Lors de la conférence de presse tenue à New York samedi dernier, Donald Trump a limité la présentation de Mike Pence au strict minimum, se chargeant lui-même d’occuper le devant de la scène.

Jusqu’au dernier moment, il a tergiversé, incapable de trancher entre Mike Pence, le gouverneur du New Jersey Chris Christie et l’ex-président de la Chambre des représentants Newt Gingrich. Mais l’essentiel est sauf. Mike Pence ne devrait pas porter ombrage à Donald Trump. C’est là la principale qualité d’un candidat à la vice-présidence dont l’importance du choix pour l’électeur est souvent exagérée.


La bravade coûteuse de Ted Cruz

A la sortie de la Quicken Loans Arena à Cleveland, des délégués républicains l’ont traité de «traître». Mercredi soir, le sénateur texan Ted Cruz, qui avait finalement accepté de parler à la convention, a essuyé un feu de critiques pour avoir refusé d’apporter son soutien à Donald Trump. A l’issue de son allocution, il a été copieusement hué.

Au cours d’un petit-déjeuner avec la délégation texane jeudi, Ted Cruz, visiblement amer, a cherché à se justifier: «Je n’ai pas l’habitude de soutenir des gens qui attaquent ma femme et mon père.» Au cours des primaires, l’équipe de campagne du milliardaire avait diffusé sur les réseaux sociaux des photos d’Heidi Cruz qui ne la mettaient pas à son avantage. Donald Trump lui-même avait fait circuler la rumeur que le père de Ted Cruz aurait été lié à Lee Harvey Oswald dans le cadre de l’assassinat de John F. Kennedy.

Pour le candidat malheureux Ted Cruz, cette bravade vise à capitaliser sur la défaite de Trump en novembre et à préparer sa possible candidature en 2020. Mais pour l’heure, elle a un coût très élevé et expose de façon criante le manque d’unité du parti.


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