Mike Pompeo s’apprête à prendre les rênes de la CIA dans un contexte extrêmement tendu. Donald Trump a jeté le discrédit sur l’agence depuis les révélations d’un rapport secret soulignant que l’ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine avait pour but de le faire élire. Il l’a aussi sévèrement critiquée après de nouvelles fuites, en allant jusqu’à évoquer des «méthodes nazies». Samedi, le président a changé d’attitude. Il a déclaré soutenir l’agence de renseignement à «1000%». Il l’a dit devant le quartier général de la CIA à Langley, Virginie, où il était censé remettre officiellement l’agence entre les mains de Mike Pompeo. C’était compter sans le fait que le Sénat avait pris du retard et n'a finalement confirmé sa nomination que lundi soir.

Mike Pompeo, 52 ans, père d’un enfant, hérite donc d’une CIA déstabilisée, en pleine crise de confiance. Il va devoir se montrer rassembleur. Les critiques de Donald Trump ont laissé des traces. Ancien officier de l’armée, élu républicain du Kansas à la Chambre des représentants depuis 2011, membre du Tea Party, Mike Pompeo succède à John Brennan, qui a osé remettre Donald Trump en place à propos de la Russie. Lui-même ne fait pas partie des soutiens de la première heure de Donald Trump: il avait d’abord soutenu la candidature de Marco Rubio, sénateur de Floride. Avant d’être élu au Congrès en bénéficiant notamment du soutien des frères Koch, d’influents milliardaires conservateurs, Mike Pompeo avait fondé Thayer Aerospace, une entreprise aéronautique qu’il a ensuite revendue.

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Son programme? Lors de son audition au Sénat, il s’est montré critique envers Moscou, à propos de l’Ukraine et de la Syrie notamment. Il s’est rangé derrière les conclusions de la CIA concernant les cyberattaques russes pendant la campagne présidentielle. Ses propos anti-Iran n’ont pas étonné: le parlementaire «faucon» a toujours été un farouche adversaire de l’accord sur le nucléaire iranien signé en juillet 2015. Dans un tweet, il l’a qualifié d'«accord désastreux avec le plus grand Etat finançant le terrorisme» jugeant que les Etats-Unis devaient le dénoncer. Pour lui, il n’y a pas de doute: l’Iran des mollahs est à l’origine de la plupart des maux du Moyen-Orient. Toujours lors de son audition, Mike Pompeo a aussi critiqué la Chine, dont les activités en mer de Chine méridionale et le cyberactivisme créent de «vraies tensions».

Equête sur Benghazi

L’homme a fait partie de la commission d’enquête du Congrès sur l’attaque du consulat américain à Benghazi en Libye en 2012, qui s’est soldée par la mort de quatre Américains dont l’ambassadeur Christopher Stevens. Une commission qui s’est surtout concentrée sur le rôle d’Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, en concluant qu’elle avait sous-estimé la menace djihadiste en Libye. Pour Mike Pompeo, la commission aurait dû se montrer bien plus sévère envers elle. C’est précisément le rôle important qu’il a joué au sein de cette commission qui aurait poussé Donald Trump à le choisir. Mike Pompeo est aussi un proche du vice-président Mike Pence.

Critique virulent de l’administration Obama, il est connu pour ses positions tranchées. Pugnace, précis, il est aussi reconnu par ses pairs au Congrès pour son attitude respectueuse. Le démocrate californien Adam Schiff, qui l’a fréquenté au sein de la commission du renseignement, le qualifie de «brillant et travailleur». «Nous avons parfois été en profond désaccord, principalement sur la politisation de la tragédie de Benghazi, mais je sais que c’est quelqu’un qui écoute et qui est ouvert au dialogue, deux qualités clés pour être directeur de la CIA», a-t-il relevé.

Peine de mort pour Edward Snowden

Positions tranchées? Le conservateur, opposé à la fermeture de la prison de Guantanamo et qui a été à plusieurs reprises accusé d’islamophobie, a notamment apporté son soutien aux programmes de surveillance de la National Security Agency (NSA). Il a aussi jugé que le lanceur d’alerte Edward Snowden, ex-analyste de la CIA, méritait la peine de mort pour trahison. Mais il sait aussi s’adapter au contexte et mettre de l’eau dans son vin. Devant le Sénat, il a par exemple exclu de revenir à des «méthodes d’interrogatoires poussées», comme le waterboarding (simulation de noyade), utilisées à l’époque de l’administration de George Bush et interdites sous Barack Obama. Il n’a pas toujours été aussi clair. Certains sénateurs, comme le républicain John McCain, ne l’ont pas oublié. Il y a deux ans, devant une commission du Sénat, Mike Pompeo avait déclaré que ceux qui pratiquaient le waterboarding étaient des «patriotes, pas des tortionnaires». Le voilà qui assure «ne pas imaginer» que Donald Trump puisse donner l’ordre à la CIA d’utiliser des méthodes illégales.


USA: la nomination de Rex Tillerson à la diplomatie franchit un premier cap

La commission des Affaires étrangères du Sénat américain a approuvé lundi la nomination par Donald Trump de Rex Tillerson, ancien PDG d’ExxonMobil, à la tête du département d’Etat, malgré l’opposition démocrate. Les sénateurs de la commission ont voté par 11 voix contre 10 en sa faveur, tous les républicains votant oui et tous les démocrates non. C’est désormais à l’ensemble des sénateurs de voter pour finaliser cette nomination, à une date qui n’a pas encore été programmée.

Les réserves de plusieurs élus conservateurs, comme John McCain et Marco Rubio, ont finalement été vaincues. Ils s’étaient émus des relations passées du patron du géant pétrolier avec les autorités de Russie, où ExxonMobil a des intérêts importants, et du refus de Rex Tillerson, lors de son audition au Sénat, d’accuser Vladimir Poutine de crime de guerre en Syrie.

«Etant donné l’incertitude existant dans notre pays et à l’étranger vis-à-vis de notre politique étrangère, retarder inutilement sa confirmation, ou l’entacher de controverse, desservirait nos intérêts nationaux», a déclaré Marco Rubio sur Facebook lundi, après avoir fait monter le suspense pendant des semaines.

Devant les sénateurs, Rex Tillerson s’était démarqué le 11 janvier du président républicain dans quelques dossiers géopolitiques, y compris la Russie, dont le président Trump veut se rapprocher. «La Russie représente aujourd’hui un danger», a-t-il jugé, assurant que Washington et Moscou ne seraient «probablement jamais amis» car leurs «systèmes de valeurs sont clairement différents». Il a condamné le fait que Moscou ait «envahi l’Ukraine en s’emparant de la Crimée et apporté son soutien aux forces syriennes», réclamant une «réponse vigoureuse» des Etats-Unis.

Il avait aussi fait entendre sa différence en assurant que les Etats-Unis resteraient impliqués dans la lutte contre le réchauffement climatique. Aucune de ces nuances n’a permis à l’ex-patron de gagner la moindre voix de l’opposition démocrate.

«Je crains que Rex Tillerson ne conseille pas au président de garder les sanctions en place contre la Russie», a déclaré le sénateur démocrate Ben Cardin. «Et il ne semble guère intéressé par le projet de nouvelles sanctions que j’ai déposé avec le sénateur McCain».

La prochaine étape est un vote en séance plénière. A moins de défections, la majorité républicaine de 52 sièges sur 100 devrait suffire à sa confirmation. Rex Tillerson succédera au démocrate John Kerry qui a quitté jeudi dernier son poste après quatre ans. C’est le numéro 3 du département d’Etat, le directeur politique Thomas Shannon, qui assure l’intérim de ministre des Affaires étrangères. (AFP)