Patron de Yukos, Mikhaïl Khodorkovski est à 39 ans l'homme le plus riche de Russie, avec une fortune personnelle oscillant suivant les estimations entre 6 et 8 milliards de dollars. Il a commencé sa carrière sous la perestroïka en vendant notamment des ordinateurs et du cognac. En 1988 il pesait déjà 130 millions de dollars. En 1995, il achète Yukos à l'Etat pour une très suspecte bouchée de pain: 350 millions de dollars. Certes, à cette époque, Yukos n'était qu'un canard boiteux en pleine décrépitude, mais lors de la vente aux enchères de la compagnie, les concurrents de Khodorkovski qui proposaient davantage avaient été écartés pour de mystérieuses «raisons techniques». Bref une de ces petites privatisations entre amis comme il y en a eu tant lorsque les oligarques proches de Boris Eltsine se partageaient les miettes de l'empire soviétique.

Aujourd'hui Yukos et ses filiales valent pas loin de 30 milliards de dollars, une poule aux œufs d'or gérée par le groupe financier Menatep et son président Platon Lebedev, ami intime de Khodorkovski depuis plus de dix ans. Les principaux actionnaires de Menatep, qui outre le pétrole est également actif dans le gaz, la finance, la banque et les télécommunications, sont tous de vieux copains.

Yukos dépense chaque année des millions en sponsoring culturel, projets éducatifs, œuvres de bienfaisance, pour corriger l'image sulfureuse de Menatep. Le pari semble réussi puisque Yukos passe maintenant pour la compagnie russe la plus transparente et la mieux gérée. Et dotée d'un appétit colossale: c'est elle qui fait pression sur le gouvernement pour la construction d'un oléoduc vers le marché chinois et l'agrandissement du port de Mourmansk pour permettre aux supertankers d'acheminer son pétrole aux Etats-Unis.

La fusion de Yukos, numéro deux de l'or noir russe, avec Sibneft, numéro quatre, a encore accru le pouvoir et l'influence de Mikhaïl Khodorkovski, au point de le rendre menaçant pour le Kremlin, d'autant qu'il n'a jamais vraiment été sur la même longueur d'ondes que Vladimir Poutine. Lors d'une rencontre au Kremlin l'an passé, Khodorkosvki avait demandé au président quand il comptait s'attaquer à la corruption. Poutine avait répondu: «Lorsque Yukos payera tous ses impôts». L. N.