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Mikheil Saakachvili au moment de son arrestation... et peu de temps avant sa libération.
© Vladimir Shtanko/Anadolu Agency/Getty Images

CONTESTATIONS

Mikheil Saakachvili devient l’ennemi numéro un du pouvoir ukrainien

Les autorités ont tenté d’arrêter l’ancien président géorgien, devenu opposant féroce à Petro Porochenko, qui désormais l’accuse de comploter avec les Russes

La rue s’est remise à bouillir hier, dans le centre de Kiev, lorsque les forces de l’ordre ont tenté, en vain, d’arrêter l’incontrôlable Mikheil Saakachvili, devenu le principal pourfendeur du président Petro Porochenko. Sauf que l’opération de police a tourné court, donnant une tribune grandiloquente à l’animal politique qu’est l’ancien président géorgien, et soulignant l’enfermement d’un pouvoir pro-occidental incapable de s’auto-réformer avant les élections de 2019.

Conduit en triomphe vers le parlement

Au petit matin, à 7h, des dizaines de policiers ont perquisitionné le domicile de Saakachvili, alors que depuis le 7 octobre dernier, ce dernier a pris la tête d’une croisade contre le pouvoir actuel, qu’il accuse de maintenir des schémas de corruption nocifs au pays, toujours confronté à une guerre avec la Russie.

Seulement, au moment où les forces de l’ordre ont tenté d’emmener Mikheil Saakachvili au siège des services secrets (SBU), ce dernier s’est réfugié sur le toit de son immeuble, d’où il a théâtralement menacé de sauter dans le vide. Maîtrisé, il a été embarqué dans un fourgon, rapidement cerné par environ 1500 supporters: ces derniers ont extrait par la force Saakachvili du véhicule, avant de le conduire en triomphe vers le parlement.

Un agenda populiste centré sur la lutte contre la corruption

Le show a commencé dimanche, lorsque Saakachvili, qui avait été nommé en 2014 gouverneur d’Odessa par Petro Porochenko lui-même, a appelé à l’impeachment de son ancien allié en le traitant de traître au pays. «Un groupe criminel organisé a pris le pouvoir dans notre Ukraine, j’appelle tous les vrais Ukrainiens à demander la démission de Porochenko», avait scandé Saakachvili au micro devant environ 5000 personnes.

Après qu’il a créé son petit parti d’opposition, à l’agenda populiste centré sur la lutte contre la corruption, «Micha» est devenu la bête noire du pouvoir. Au point que plusieurs diplomates occidentaux soulignent «l’inquiétude» que Saakachvili suscite sur la personne de Porochenko, alors que le parti du Géorgien ne dépasse pas les 2% d’intentions de vote et clive le fragile camp réformiste ukrainien.

Seulement, les harangues de Saakachvili mettent le doigt là où cela fait très mal: depuis que l’Ukraine a obtenu cette année une levée du régime des visas Schengen, l’Europe n’a que très peu de leviers pour forcer l’élite politique ukrainienne à enfin purger le système de corruption sur lequel elle est assise. Plus grave encore, les organes de police et de justice ont déclaré la guerre à ceux qui combattent la corruption.

«Haute trahison»

Au cœur de cette campagne visant les organisations anti-corruption, il y a un homme: Iouri Loutsenko, prisonnier politique sous Ianoukovitch, devenu procureur général et surtout exécutant de Porochenko dans l’appareil judiciaire. Alors que l’opération de police capotait en beauté, Loutsenko a accusé Mikheil Saakachvili de «haute trahison» et de «création d’une organisation criminelle» financée depuis la Russie.

«Saakachvili a établi des contacts avec l’entourage de Ianoukovitch pour prendre le pouvoir en Ukraine, il n’est plus un politicien, c’est un suspect criminel», a tranché Iouri Loutsenko. Le bureau du procureur général d’Ukraine, sur la base d’écoutes, accuse Saakachvili d’avoir reçu pour ses manifestations un demi-million de dollars de Serhiy Kourtchenko, un jeune oligarque réfugié en Russie, protégé de Ianoukovitch et symbole du vol généralisé de l’ancien régime.

«Micha l'insubmersible»

Il n’en fallait pas plus pour que les députés du Bloc Porochenko agitent «les plans du Kremlin», qualifiant «l’apatride Saakachvili», pourtant ennemi juré de Poutine, d’agent russe. Loutsenko a même dénoncé une machination FSB de Moscou pour lancer «un hiver russe à Kiev».

Mardi soir, le bras de fer se poursuivait, la police nationale plaçant Saakachvili, avec la mention «fugitif», sur une liste de personnes recherchées, et demandant son incarcération dans les 24 heures. Alors que «Micha» l’insubmersible campait à quelques mètres du parlement, avec des vétérans de la guerre du Donbass, n’ayant pas du tout peur de l’épreuve de force. 

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