Dans la salle de soins de l’hôpital de Cheguiga (zone de Machachia), l’homme mord son bras pour ne pas hurler pendant que l’infirmer refait son pansement. Une roquette Grad a explosé non loin de lui et lui a brûlé les deux jambes. Depuis un an, sa tribu et celle de Zenten se font la guerre, dans cette région ouest de la Libye, à 170 km de la capitale Tripoli. Les brigades de Zenten les accusent d’avoir soutenu l’ancien régime et d’accueillir des pro-Kadhafi recherchés pour crimes de guerre. Les derniers combats entre le 10 et le 16 juin ont fait 85 morts et 180 blessés chez les Machachia et environ 70 morts parmi les hommes de Zenten.

Dans la ville de Machachia, on récuse être nostalgique de Kadhafi. «Notre tribu a combattu avec les révolutionnaires à Zawiyah, à Misrata, à Syrte, affirme Ibrahim Abou Gaala, l’un des chefs des Machachia. Nous sommes avec le gouvernement. Qu’ils viennent voir si on héberge des personnes recherchées! Les gens de Zenten veulent simplement prendre nos terres.» Il accuse aussi les milices de Zenten de vouloir perturber le processus électoral. «Aujourd’hui, elles ont un grand pouvoir. L’une de leurs brigades a tenu l’aéroport de Tripoli. Elles préfèrent un gouvernement faible pour conserver leur pouvoir.»

Les combats ont été particulièrement violents. Des armes lourdes ont été utilisées. Ibrahim Abou Gaala accuse même les soldats de Zenten d’avoir tiré plusieurs obus chimiques contenant du gaz incapacitant, type gaz moutarde. Nous nous rendons sur les lieux où un obus chimique a explosé. Des projections de liquide jaunâtre sont encore visibles sur les murs d’une maison. On nous présente aussi un engin chimique non explosé.

Graves brûlures

A l’hôpital, un homme nous montre de graves brûlures sous ses pieds. «J’ai marché pieds nus à un endroit où un obus chimique a explosé.» Le personnel de santé affirme avoir accueilli 83 personnes intoxiquées par le gaz, présentant des irritations des voies respiratoires et des convulsions, dossiers médicaux à l’appui. Mais Moktar, l’un des chefs militaires de Zenten, dément formellement l’usage d’armes chimiques.

Plusieurs quartiers résidentiels témoignent d’un bombardement en règle. De nombreuses maisons sont éventrées; l’école a également été touchée par une roquette. «Une pluie de missiles a été tirée une première fois à 6 heures du matin, raconte Zeineb. De nombreux civils ont été touchés avant que nous soyons évacués. Nos voisins, les parents et leurs deux enfants, sont morts.»

Les combats ont aussi entraîné des déplacements de population. Omar Belgassem, originaire du village d’Al Wenya, témoigne: «Mon fils a été tué en défendant notre maison. Les gens de Zenten nous ont forcés à partir et ils ont complètement détruit le village pour qu’on ne revienne pas.»

Pour tenter d’éviter de nouveaux heurts, Tripoli a envoyé des soldats de l’armée nationale s’interposer entre les deux tribus. A un barrage de l’armée, une famille attend dans sa voiture. Sur le toit, des matelas et des sacs sont empilés. «Nous sommes originaires de Zenten et nous y retournons. Les Machachia ont brûlé notre maison. Nous ne sommes plus en sécurité ici.»