Pour les milieux économiques anglo-saxons, britanniques et américains, la France est un cas unique, le seul pays qui déroge systématiquement à la doctrine économique classique. A tel point que les éditorialistes des journaux financiers considèrent que la France n'appartient pas au monde capitaliste. Les grands quotidiens d'affaires que sont le Wall Street Journal (WSJ) et le Financial Times (FT) ont certes salué les débuts du ministre de l'Intérieur, le premier à oser parler de discipline, de tolérance zéro aux déprédations urbaines. Leur appréciation du nouveau ministre des Finances et de l'Economie sera d'emblée beaucoup plus mitigée, pour ne pas dire franchement hostile. Ils ont applaudi la remise en cause des 35 heures mais fustigé l'idée même qu'un gouvernement serait le mieux placé pour créer des «champions nationaux». Pour le FT et le WSJ, il s'agit tout simplement d'une hérésie. Si le grand quotidien de Londres parle de «dirigisme» pour qualifier l'interventionnisme de Nicolas Sarkozy, le WSJ est plus direct: «Alors qu'il se présente comme un libéral convaincu, Monsieur Sarkozy ne fait rien d'autre que renforcer les pires traditions gaulliennes, celles d'un nationalisme économique». Le quotidien new-yorkais fait évidemment référence au sauvetage du groupe Alstom (à la barbe des Allemands), à son obstruction au rachat d'Aventis par Novartis, à ses nombreuses interventions pour faire baisser artificiellement les prix des distributeurs.

Incompréhension

Mais c'est évidemment ses déclarations sur les délocalisations à l'Est qui ont soulevé les critiques les plus virulentes des «columnists» anglo-saxons. La dernière en date est celle de Chris Patten, l'ancien commissaire européen aux relations extérieures. Dans le FT du 23 septembre, Chris Patten dénonce l'hypocrisie du ministre qui propose de couper les subventions aux Etats qui usent de la fiscalité pour attirer de nouveaux investisseurs. Pour Bercy, il s'agit d'une forme de dumping fiscal intolérable qui alimente la spirale des délocalisations. «Cette concurrence fiscale, nous l'avons voulue afin que ces pays puissent se développer, ce qui est dans notre intérêt», répond en substance Chris Patten. «Allons-nous leur demander d'abandonner les préceptes d'Adam Smith et de revenir aux concepts de l'étatisme?» ironise Chris Patten. Et, hier encore, le FT a remis une couche dans son éditorial en suggérant que la recapitalisation d'EDF était une manœuvre de plus pour bétonner le marché intérieur français et attaquer dans le même temps les marchés européens… ouverts à la concurrence.

L'affaire semble entendue: si les milieux d'affaires sont séduits par le communicateur Sarkozy, ils lui refusent l'étiquette libérale et lui ont collé celle qui sied à un dirigiste néo-gaullien.