Au moins deux explosions ont secoué le centre de Benghazi dans la nuit de dimanche à lundi. Les bombes visaient des bâtiments appartenant au Ministère de la justice, dont la Cour de justice, là où justement eut lieu la première manifestation contre le régime de Mouammar Kadhafi, en février 2011. La veille, samedi, plus de 1100 détenus se sont évadés de la prison de Benghazi, alors que des manifestations dégénéraient. Trois meurtres, celui d’un activiste politique et de deux officiers, survenus vendredi, ont mis le feu aux poudres. Cette nouvelle spirale de violences, qui se poursuivait lundi, souligne la fragilité de l’Etat libyen et montre que la vague hostile aux Frères musulmans déferle en Libye aussi.

Une seule balle a frappé au cœur Abdel Salam Mohamed al-Mismari, vendredi à l’issue de la grande prière hebdomadaire, en milieu de journée. L’assassinat de cet avocat connu pour ses prises de position très critiques à l’encontre des islamistes a immédiatement suscité la colère d’une partie des Libyens, qui ont pris d’assaut les locaux du Parti pour la justice et la reconstruction (PJR), la branche politique des Frères musulmans, dans les principales villes libyennes. A Tripoli, ils ont mis à sac le siège de l’Alliance des forces nationales (AFN), rivale du PJR et principale formation politique du pays. Les manifestations se sont poursuivies samedi et, dans la confusion qu’elles auraient générée, un groupe armé aurait attaqué la prison d’Al-Kuifiya, à Benghazi.

Plus de 1100 détenus ont ainsi réussi à s’échapper: des prisonniers de droit commun pour la plupart. Le premier ministre libyen, Ali Zeidan, a annoncé dimanche qu’une centaine de fuyards avaient été repris.

Remaniement ministériel

Benghazi, capitale de la Cyrénaïque, dans l’est du pays, échappe de plus en plus au contrôle du gouvernement, explique Barah Mikail, ­directeur de recherches à la Fondation pour la recherche internationale (FRIDE) à Madrid: «La ville aspire à une spécificité politique et économique. Les nombreuses milices armées, qui y font la loi, ont en commun leur détermination antigouvernementale. Parmi elles, il se trouve aussi des milices proches des islamistes et très anti-occidentales.» La détérioration des conditions sécuritaires freine la reconstruction de la ville et péjore les conditions économiques, ajoute Barah Mikail: «Les Libyens s’irritent de l’absence de progrès en matière d’infrastructures basiques, comme le manque d’hôpitaux.»

Les critiques s’élèvent de plus en plus fort contre les milices, et contre ceux des partis politiques, notamment le PJR et l’AFN, qui les instrumentalisent. Les islamistes sont accusés d’être derrière les trois assassinats de la semaine dernière et d’avoir manigancé avec les milices pour que soit promulguée en mai dernier une loi interdisant à tous ceux ayant collaboré avec Mouammar Kadhafi d’accéder à des fonctions officielles. Mais le gouvernement et l’AFN ne sont pas épargnés non plus, on leur reproche d’avoir laissé un vide sécuritaire. Ali Zeidan a promis hier de remanier son cabinet ministériel.