Comptant parmi les favoris à l’élection présidentielle de dimanche, Mirlande Manigat ne manie pas la langue de bois. Elle exige ni plus ni moins que le départ de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), la qualifiant de «force d’occupation». Depuis quelques semaines, cette force onusienne créée en avril 2004 par une résolution du Conseil de sécurité en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies est la cible de vives critiques. Des soldats népalais de la Minustah sont accusés d’avoir apporté la bactérie du choléra en Haïti.

Mais quel est le vrai mandat de la Minustah? En 2004, un grave conflit armé menace le pays. Les insurgés contrôlent le nord d’Haïti. Le Conseil de sécurité dépêche une force pour soutenir le gouvernement de transition, restructurer la police, rétablir l’Etat de droit et l’ordre public. Dirigée par le Guatémaltèque Edmont Mulet, la Minustah a perdu 159 collaborateurs au total. Au 30 août, ses effectifs étaient de 11 848 personnes en uniforme dont 8766 soldats et 3082 agents de police.

Aide logistique

Contacté à Port-au-Prince, le porte-parole de la Minustah, Vicenzo Pugliese, le souligne. «Notre mandat s’est adapté aux circonstances. Nous envisagions de réduire les effectifs. Nous y avons renoncé en raison du tremblement de terre de janvier 2010. Notre mission consiste à garantir un environnement sécuritaire stable, à escorter les convois humanitaires. Ces jours, notre tâche cruciale est liée à l’élection du 28 novembre. Nous sommes là pour que le scrutin se déroule bien. Nous apportons aussi notre aide logistique pour transporter les bulletins de vote et les urnes.» Face aux moyens engagés en Haïti et les résultats décevants obtenus, Vicenzo Pugliese le reconnaît: «L’ONU travaille en coopération avec les autorités haïtiennes. Mais celles-ci ont souvent été ignorées par des ONG sur place.»

Des Casques rouges?

Présidente de la Fondation Casques rouges, Nicole Guedj se garde de fustiger la Minustah: «Son mandat, c’est avant tout la sécurité. La gestion d’une crise humanitaire comme en Haïti n’est pas de sa compétence. On ne peut pas attribuer à la Minustah des tâches supplémentaires et lui reprocher ensuite de ne pas être suffisamment efficace.» Pour l’ex-ministre française du gouvernement Raffarin, la grave crise haïtienne devrait inciter au changement: «Je plaide pour la création de Casques rouges, dotés d’un état-major intégré à l’ONU et pourvu d’une force d’appoint très spécialisée et mobilisable immédiatement pour coordonner la gestion d’une crise humanitaire.» Pour son projet, Nicole Guedj peut d’ailleurs compter sur le fort soutien de l’actuel président haïtien René Préval, qui en a fait la promotion jusqu’à la Maison-Blanche. «Un tel état-major de Casques rouges aurait pour vocation, conclut l’ex-ministre, d’identifier en amont les moyens humains et logistiques à disposition dans le monde et de mobiliser les meilleures équipes et ONG.»