Plusieurs centaines de Rohingyas ont fui au Bangladesh entre samedi et lundi. Cette ethnie musulmane, qui vit dans l’Etat d’Arakan (ouest), est persécutée par les extrémistes bouddhistes et l’armée birmane. Celle-ci dit mener en Arakan une opération anti-insurrectionnelle depuis l’attaque de trois postes-frontières par des assaillants soupçonnés d’appartenir à cette communauté musulmane. Les Rohingyas sont nombreux désormais à tenter de rejoindre des pays jugés plus tolérants tels que le Bangladesh, la Malaisie ou la Thaïlande. «Cette ethnie ne bénéficie pas du statut officiel de minorité en Birmanie, note Olivier Guillard, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Ses membres sont considérés comme apatrides.»

Un rapport publié lundi par Human Rights Watch rapporte, images satellites à l’appui, que 820 bâtiments situés dans cinq villages rohingya ont été incendiés. Ces nouvelles attaques portent le nombre d’habitations rohingya détruites depuis le mois d’octobre à un total de 1250. Le rapport ajoute qu’en raison du couvert végétal dense, de nombreux autres incendies prémédités ont pu ne pas être détectés. Le gouvernement birman affirme que seuls 300 bâtiments ont été incendiés, et qu’ils l’ont été par des «terroristes» rohingya désirant «semer la confusion entre les troupes gouvernementales et le peuple».

Dans le même temps, des milliers de Birmans bouddhistes et chrétiens ont fui les combats entre rebelles séparatistes et armée dans la région septentrionale du Kachin. Cette information a été corroborée par le porte-parole de la diplomatie chinoise qui a admis que «3000 Birmans habitant la région frontalière sont entrés en Chine pour fuir la guerre».

Au total ce sont plus de 30 000 Birmans qui ont été contraints de quitter leur domicile depuis début octobre.

Une paix impossible

Ces violences ainsi que les mouvements de population qu’elles engendrent représentent un défi majeur pour Aung San Suu Kyi. L’ancien Prix Nobel de la paix, qui dirige de fait le gouvernement, doit prendre en compte les intérêts des militaires, lesquels dirigent les Ministères de l’intérieur et de la défense. «En dépit de l’indiscutable soutien populaire dont elle dispose [sa formation, la LND, a remporté 80% des sièges lors du scrutin de novembre 2015], Aung San Suu Kyi ne saurait aujourd’hui s’aliéner l’indispensable coopération de l’armée», explique Olivier Guillard. En d’autres termes, une paix nationale et la fin des mouvements de populations en Arakan et dans le Kachin ne sont pas à espérer d’ici à la fin du mandat gouvernemental, en 2020. «La faute essentiellement à l’attitude ambiguë de la haute hiérarchie militaire dont le calendrier politique pourrait ne pas être exactement calé sur celui du gouvernement», conclut le chercheur.