Allemagne

Des milliers d’Allemands de tout cœur avec l’Europe

Comme chaque dimanche depuis des semaines, des partisans du mouvement Pulse of Europe sont descendus dans les rues pour manifester en faveur de l’UE et contre la montée du populisme

Detlev et Gilda sont là, comme chaque dimanche depuis des semaines. Ce couple de retraités distingués considère comme son «devoir» de manifester ainsi chaque semaine pour l’Europe, au pied de l’escalier magistral de la Konzerthaus, cette salle de concert dédiée à la musique classique sur la place Gendarmenmarkt, au centre de Berlin. Dimanche, ils étaient 7500 à se retrouver ainsi à l’appel de Pulse of Europe, un mouvement citoyen pro-européen né au lendemain de l’élection de Donald Trump.

Le mouvement, lancé en novembre dernier à l’initiative de Sabine et Daniel Röder, un couple d’avocats de Francfort qui ne voulait plus assister impuissant à l’expansion du populisme, a entre-temps essaimé dans quelque 40 villes à travers une dizaine de pays de l’Union européenne. Quelque 50 000 personnes ont ainsi manifesté dimanche à Lisbonne, Paris ou Stockholm, mais surtout en Allemagne, qui concentre l’essentiel du mouvement.

L’«Ode à la joie»

Il est 14h sur la Gendarmenmarkt lorsque retentit le son amplifié d’un rythme cardiaque, entre les deux cathédrales qui délimitent la place. Célébrités et anonymes se succèdent à la tribune, pour raconter leur Europe, et leurs inquiétudes. Des couples se sont rencontrés grâce à leurs voyages au sein de l’Union, un vieil homme se souvient du blocus de Berlin et de la solidarité des Européens avec les Berlinois encerclés par le bloc soviétique. «L’Europe n’est pas qu’un marché, c’est d’abord la volonté de vivre ensemble», assure Dominik vers une foule acquise.

De nombreux retraités ont fait le déplacement, mais aussi la «génération Erasmus», des familles avec poussettes. Tous agitent de petits drapeaux bleu et jaune, entonnent l’Ode à la joie, l’hymne européen. «Je vois l’Europe menacée par la Russie, ou les Etats-Unis. Poutine et Trump veulent la division des Européens. Et nous sommes là pour dire que nous ne voulons pas l’accepter, explique Detlev, écharpe jaune autour du cou. Une division de l’Europe serait mauvaise pour tous. Même s’il est vrai que l’Union européenne a besoin d’être toilettée. Il faudrait que tous les gens qui sont réunis ici écrivent à leurs députés pour leur demander de faire plus pour l’Europe.»

Il est important de rappeler qu’on ne laisse pas la rue aux populistes!

Robert, 33 ans, est venu en famille avec épouse, parents, enfants et un petit chien. «Le dimanche nous avons normalement le cours de natation des deux petites, mais cette fois nous avons pu venir, explique ce manager dans le domaine de la culture. Il est important de rappeler qu’on ne laisse pas la rue aux populistes! La situation de l’Europe est angoissante. Regardez le Brexit, Marine Le Pen qui pourrait passer, Wilders qui a failli passer aux Pays-Bas…»

«Le mouvement rencontre un nerf sensible, estime Simon Teune, de l’Institut de recherche sur les mouvements protestataires IPB. C’est lié au fait que l’Europe se trouve en ce moment même dans une passe dangereuse. L’Europe que nous connaissons est menacée. Beaucoup de gens ressentent le besoin de prendre position.» Beaucoup des manifestants du dimanche descendent pour la première fois de leur vie dans la rue. La spécificité du mouvement?

Volonté d’indépendance

«Ce n’est pas que des personnes issues des couches sociales favorisées et bien éduquées manifestent. C’est plus le fait qu’on compte une proportion importante de libéraux ou de conservateurs d’un certain âge, cette génération qui a vu dans la création de l’Europe un pas en avant», estime Simon Teune. Le mouvement – qui collecte pour l’achat de ballons, de drapeaux et de dépliants à la fin de chaque manifestation – a refusé le soutien financier de la Commission européenne. Pulse of Europe tient à son indépendance.

Le mouvement a prévu de se rencontrer chaque samedi jusqu’à l’élection présidentielle en France le 7 mai. «Nous verrons ensuite ce qu’on peut faire de toute cette énergie positive», expliquent les deux fondateurs.

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