Proche-Orient

Des milliers de Gazaouis fuient les bombes

L’armée israélienne demande aux habitants du nord de la bande de Gaza de quitter leur maison. Prélude à une offensive terrestre? En tout cas, les bombardements s’intensifient, au rythme d’un toutes les trois minutes

Des milliers de Gazaouis fuient les bombes

Proche-Orient L’armée israélienne demande aux habitants du nord de la bande de Gaza de quitter leur maison

Les Européens tentent une médiation

Prévenus par des tracts de l’armée que des bombardements pourraient viser Beit Lahia et les villages voisins au nord de la bande de Gaza, plus de 10 000 habitants de cette zone ont abandonné leur domicile pour se réfugier dans les installations de l’UNRWA, une agence de l’ONU. Des milliers d’autres se sont installés chez leurs proches dans la ville de Gaza et aux alentours.

Par la voie des médias qu’il contrôle, le Hamas a aussitôt enjoint à la population concernée «de ne pas faciliter les plans d’invasion de l’ennemi sioniste» et de réintégrer les habitations évacuées. Mais il n’a pas été suivi, car la plupart des Gazaouis concernés sont affolés. Des éleveurs ont ainsi abandonné leur maigre troupeau à lui-même. Des agriculteurs ont laissé leur champ en plan. Beaucoup redoutent de ne retrouver que des ruines en rentrant.

Selon les renseignements militaires israéliens, 40% des tirs de roquettes sur l’Etat hébreu proviendraient du nord de l’enclave palestinienne. Durant l’opération «Plomb durci» en 2009, l’armée avait déjà provoqué le départ précipité de 50 000 habitants du nord de la bande de Gaza. D’importants combats terrestres s’y étaient déroulés dans les heures qui avaient suivi. Cette fois, l’Etat hébreu avait fixé le dernier délai d’évacuation à dimanche midi, et les chroniqueurs militaires pensaient que l’échéance de cet ultimatum marquerait le début d’une opération importance. Or, cela n’a pas été le cas. Par contre, le rythme des bombardements aériens et des tirs d’artillerie s’est accru pour atteindre un toutes les trois minutes environ. Le porte-parole de l’armée confirme d’ailleurs que deux mille tonnes de bombes ont été larguées depuis le début de l’opération «Bordure protectrice». Résultat? 163 tués et près de 1000 blessés palestiniens en six jours.

Dans le courant de la nuit de samedi à dimanche, la «Shayetet 13», l’équivalent israélien des commandos de marine, a mené un raid contre une rampe de lancement de roquettes de longue portée située dans le nord de Gaza. Quatre soldats ont été blessés et cinq membres du Hamas tués. Cette action n’est pas la première puisque plusieurs unités spéciales de l’Etat hébreu opèrent déjà dans l’enclave palestinienne depuis le début de «Bordure protectrice». Elles préparent le terrain pour une invasion terrestre éventuelle et se livrent à des actions de renseignement, de sabotage, ainsi qu’à des «liquidations».

De leur côté, le Hamas et le Djihad islamique ont intensifié le rythme de leurs tirs de roquettes sur l’Etat hébreu. Après le bombardement par Israël du quartier de Sheikh Radjwan, dans la ville de Gaza, au cours duquel huit personnes ont été tuées parmi lesquelles deux neveux du leader politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, les sirènes ont retenti à Nahariya, la ville israélienne située le plus au nord, à deux kilomètres à peine de la frontière libanaise.

Voilà pourquoi les préparatifs en vue d’une opération terrestre d’envergure dans la bande de Gaza se poursuivent parallèlement aux premiers contacts diplomatiques visant à négocier un cessez-le-feu. Les Européens enverront dès ce lundi les ministres des Affaires étrangères allemand et italien dans la région pour tenter d’arracher une trêve.

Selon un sondage publié jeudi dernier par la «Deux», l’équivalent israélien de TF1, 91% des Israéliens soutiennent «Bordure protectrice» mais seulement 47% d’entre eux sont favorables à ce qu’elle se poursuive par une incursion terrestre.

«L’opinion comprend qu’un tel mouvement, même limité dans l’espace et dans le temps, exigera le prix du sang», affirme l’ancien directeur général du Mossad, l’agence de renseignement, et ex-député travailliste Danny Yatom. «Un vaste débat est d’ailleurs en cours en Israël à ce propos et Benyamin Netanyahou pèse consciencieusement le pour et le contre. Il sait que la tension va monter lorsque les premiers corps de soldats vont rentrer au pays et que leur famille exigera des explications.»

Le porte-parole de l’armée israélienne a admis que 2000 tonnes de bombes avaient déjà été larguées

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