Manifestations

Des milliers de manifestants défient les autorités à Hong Kong

Au lendemain d'une nuit marquée par de violents heurts, des manifestants pro-démocratie ont défilé à Hong Kong, bravant l'interdiction de porter un masque sur le visage 

Un peu partout à travers le territoire semi-autonome de Hong Kong, des manifestants, le visage dissimulé sous un masque, ont participé samedi après-midi à des rassemblements spontanés et non autorisés.

Ils cherchaient à battre en brèche l'interdiction adoptée vendredi de manifester avec un masque et à prouver la capacité du mouvement pro-démocratie à se mobiliser alors que tous les métros de la ville étaient à l'arrêt.

La cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam a dénoncé samedi les actions commises par des «émeutiers masqués» et assuré que la population est «effrayée» à l'issue d'"une nuit très sombre pour Hong Kong».

Dans son message, diffusé au moment où des centaines de manifestants défilaient, elle a invité la population à prendre ses distances avec les manifestants les plus radicaux.

Dispositions d'urgence

Les autorités hongkongaises ont invoqué des dispositions d'urgence datant de 1922, auxquelles il n'avait plus été recouru ces 52 dernières années, pour interdire le port du masque lors des manifestations.

A Sheung Shui, près de la frontière chinoise, des journalistes de l'AFP ont vu des groupes de manifestants masqués briser les vitrines de commerces appartenant à des sociétés chinoises ou considérées comme pro-Pékin.

Des policiers - dont beaucoup avaient le visage couvert et ne portaient pas de numéro d'identification - ont été vus par l'AFP menottant un homme qui portait un masque dans le district commerçant de Central, samedi en fin d'après-midi. Un jeune homme et une jeune femme avec des masques ont été interpellés.

Violents heurts

La mesure d'interdiction, destinée à mettre fin à quatre mois d'une contestation sans précédent depuis la rétrocession de l'ex-colonie britannique à Pékin en 1997, a au contraire mis le feu aux poudres. Quelques heures après son annonce, des actions de protestation ont éclaté un peu partout à travers le territoire.

De violents heurts se sont produits entre police et manifestants qui ont envahi des rues, allumé des feux et vandalisé des stations de métro et des établissements commerciaux prochinois.

Dans l'arrondissement de Yuen Long, un policier a ouvert le feu lorsque sa voiture a été encerclée par la foule et qu'un cocktail Molotov a explosé à ses pieds, d'après des témoins de la scène. La police a expliqué que le policier a tiré une balle dans le cadre de la légitime défense.

Dans le même quartier, un garçon de 14 ans a été blessé par balle, a rapporté le quotidien South China Morning Post citant une source médicale, sans pouvoir faire de lien entre les deux événements.

Trafic suspendu

A la suite du saccage de dizaines stations de métro, l'opérateur public MTR a annoncé samedi que le trafic était suspendu sur tout le réseau qui transporte quotidiennement quatre millions de passagers.

Certains centres commerciaux et supermarchés sont restés fermés tout comme de nombreuses banques chinoises, dont les façades ont été couvertes de tags. Dans certains quartiers, des habitants faisaient la queue afin de constituer des stocks de nourriture, en prévision de futurs affrontements.

La police a envoyé des messages, demandant à la population d'éviter les manifestations au cours des trois prochains jours, lundi étant férié à Hong Kong.

Si de nombreux habitants se disent choqués par ces actes de vandalisme, inhabituels dans cette mégapole habituellement tranquille, beaucoup de manifestants pro-démocratie disaient avoir de la sympathie pour ceux qui ont recours à la violence.

Hong Kong connaît depuis près de quatre mois des actions quasi quotidiennes et des confrontations de plus en plus violentes entre forces de l'ordre et protestataires masqués. Les autorités centrales chinoises ont jugé «extrêmement nécessaire» l'interdiction du port du masque qui a été saluée par la police et les élus de la majorité (pro-Pékin).

Publicité