La foule réunie à Admiralty, près du siège de l’exécutif local, était toutefois moins nombreuse que la semaine dernière, au cours de laquelle des dizaines de milliers de personnes ont manifesté pour réclamer davantage de libertés politiques et la démission du chef de l’exécutif. Les contestataires, qui occupent toujours trois sites mais en nombre considérablement réduit depuis le début de la semaine, entendaient protester vendredi contre l’annulation de pourparlers par le gouvernement, qui a expliqué qu’il refusait de discuter sous la menace d’un renforcement de la mobilisation.

Des tentes, des douches transportables et même quelques lits se trouvaient sur les différents lieux de mobilisation. «Je resterai ici jusqu’à ce que le gouvernement discute avec nous», a dit Yuki Law, une étudiante infirmière de 21 ans. Les leaders étudiants avaient déclaré dans la journée qu’ils étaient toujours preneurs d’un dialogue sur leurs exigences de suffrage universel et appelé à tenir sur la durée. «Apportez vos tentes pour montrer votre détermination à occuper sur le long terme», avait lancé Joshua Wong à Admiralty, le principal site d’occupation.

Hongkong traverse sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Pékin a accepté d’instaurer le suffrage universel pour la prochaine élection du chef de l’exécutif du territoire autonome en 2017 mais entend conserver le contrôle des candidatures, une proposition inacceptable pour le mouvement prodémocratie. Les manifestants réclament aussi la démission du numéro un de l’exécutif, Leung Chun-ying, considéré comme la marionnette de Pékin. Lundi, l’activité était revenue à la normale à Hongkong hormis le blocage des lieux de sit-in au moyen de barricades, ce qui perturbe grandement la circulation.

Les analystes estiment que la situation peut perdurer plusieurs semaines, aucune des parties ne semblant prête à la moindre concession. Pour Sunny Lo, de l’Institut pour l’éducation de Hongkong, le gouvernement s’est retrouvé quelque peu échaudé par la décision des députés prodémocratie de lancer une campagne d’obstruction. «Ce n’est pas bon signe, la température monte dans et hors du Conseil législatif», a-t-il dit. «Si le mouvement se poursuit encore plusieurs semaines, je pense qu’une intervention de la police sera inévitable».

La police est discrète depuis qu’elle a arrosé les manifestants de gaz lacrymogène le 28 septembre, ce qui avait décuplé la mobilisation et ému tant à Hongkong qu’à l’étranger. Pour Ed Chin, gestionnaire de fonds spéculatifs et membre d’Occupy, principale organisation prodémocratie, les sit-in vont durer «plus longtemps que prévu. Ca pourrait se poursuivre pendant encore quelques semaines à moins que la police ne les disperse par la force», a-t-il dit. Dans le même temps, les dirigeants du mouvement marchent sur des œufs, face à la lassitude des sept millions d’habitants dont la vie quotidienne est perturbée.

Ils comptent sur de nouveaux rassemblements de masse ce week-end, et l’extension potentielle des sit-in, pour continuer de faire pression sur le gouvernement. Parallèlement, le parquet de Hongkong a annoncé l’ouverture d’une enquête après les révélations sur un versement de 5 millions d’euros à M. Leung par une société australienne, en rémunération d’une clause de non-concurrence. Le chef de l’exécutif a démenti toute malversation dans cette affaire mais l’opposition a mis en doute son intégrité.