Depuis onze mois, la République démocratique du Congo (RDC) est retombée dans la guerre civile, avec une inévitable dégradation de la vie politique et économique. De passage en Suisse, le ministre des Droits humains Léonard Okitundu, qui habita longtemps Lausanne, explique les conséquences de cette guerre et ne nie pas que le régime de Laurent-Désiré Kabila peine à tenir sa principale promesse: démocratiser la RDC. Interview.

Le Temps: L'accord de paix signé le 10 juillet à Lusaka par tous les pays impliqués dans la guerre civile en RDC, c'est une bonne nouvelle?

Léonard Okitundu: La guerre va se poursuivre tant que l'ONU ne déploiera pas une force d'interposition. Parallèlement, l'ONU devrait imposer des mesures contraignantes contre l'Ouganda et le Rwanda dont les troupes occupent le Congo: embargo, gel de l'assistance et des prêts financiers et en dernier recours, intervention militaire. Parce qu'en dépit de l'accord de paix, la rébellion congolaise, soutenue par ces deux pays, poursuit son agression.

– Quelles sont les conséquences de cette guerre sur le Congo?

– Avant tout, il s'y prépare un désastre humanitaire. Une bonne partie de la population a fui le territoire occupé (le gouvernement ne contrôle que 50% du pays, n.d.l.r.). Par milliers, des victimes errent dans les forêts, sans aucune assistance. D'autres s'agglutinent dans les villes. A Lubumbashi par exemple, 10 000 déplacés affrontent l'hiver sans nourriture, sans médicaments et sans même de couvertures. Cette guerre nous coûte 1,5 million de dollars par jour. Nous n'avons pas plus les moyens de répondre aux besoins humanitaires. Par ailleurs, les rebelles occupent l'essentiel des zones minières (or et diamants), nous privant ainsi de revenus.

– Pourquoi le Rwanda et l'Ouganda refuseraient-ils la paix?

– Ils prétextent de la présence des Interhamwe (Hutus rwandais auteurs du génocide de 1994) pour agresser le Congo. L'accord de Lusaka prévoit leur désarmement. Mais cela ne suffit pas aux Rwandais, qui considèrent chaque Hutu comme un génocidaire. C'est une façon de nier les droits démocratiques à la majorité hutue (85% de la population) au Rwanda.

– Militairement, vous n'arrivez pas à contrer ces deux pays. Où pensez-vous trouver votre salut?

– Nous résistons grâce au soutien des forces amies – Zimbabwe, Angola et Namibie. Mais nous espérons aussi faire évoluer la situation par la diplomatie. Nous avons de nouveaux alliés qui souhaitent le retour de la paix dans les Grands Lacs. Et il y aura inévitablement un mouvement de type Intifada dans le territoire occupé par les rebelles.

– Est-ce que vous avez l'impression que la communauté internationale fait la sourde oreille?

– Elle ne s'est pas encore débarrassée de son complexe de culpabilité de n'avoir rien fait pour arrêter le génocide rwandais. Son inaction va conduire à un nouveau génocide, cette fois contre les Hutus.

– Sur le plan intérieur, qu'en est-il des élections promises pour 1999 et des droits de l'homme?

– La guerre a anéanti beaucoup de nos efforts. Pour les élections, il faut commencer par un recensement. Nous ne pouvons pas l'entreprendre dans une situation de guerre. Nous n'en avons pas les moyens non plus. La libéralisation de la vie politique est pour bientôt mais nous ne voulons pas des formations sur base ethnique ou régionale. Nous travaillons avec le haut-commissaire des droits de l'homme afin d'améliorer une situation qui n'est effectivement pas toute rose.