Combien y a-t-il de Kurdes dans le monde? La question est polémique bien sûr, tant les Etats dans lesquels ils vivent ont à cœur de réduire leur importance.

En Turquie, l'ancien président Turgut Özal a une fois émis le chiffre de 12 millions de personnes. Originaires du sud-est du pays, les Kurdes de Turquie ont été à plusieurs reprises poussés à l'émigration vers l'Ouest. La dernière de ces grandes vagues date de quelques années à peine. Pour combattre plus efficacement la guérilla du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), Ankara décidait en effet d'appliquer une politique de la terre brûlée. Selon une commission parlementaire turque, plus de 3000 villages et hameaux kurdes ont été évacués et détruits par l'armée dans les années 1990. Au moins 400 000 personnes ont été contraintes à l'exil selon le rapport de la commission. Les chiffres des ONG mentionnent, eux, entre 1 et 3 millions de personnes déplacées.

En Irak, les Kurdes seraient environ 4 millions. Depuis 1991, Bagdad n'a plus aucun contrôle sur le Kurdistan irakien, c'est-à-dire sur le nord du pays. Deux factions s'y affrontent périodiquement: le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani, auxquels il faudrait ajouter une demi-dizaine d'autres mouvements armés ayant prêté allégeance, qui au régime de Bagdad, qui à l'Iran ou aux Turcs. Ces derniers disposent d'une force de 8000 à 10 000 hommes en Irak du Nord, censée lutter contre le PKK. Et Ankara a fait valoir son irrédentisme sur la région de Mossoul – riche en pétrole – à plusieurs reprises. Pour couronner le tout, les Américains, par CIA interposée, entretiennent également de nombreux contacts dans le Kurdistan irakien où Washington entend construire une force capable de renverser un jour Saddam Hussein.

En Iran, les Kurdes sont environ 7 millions. Entre 1943 et 1947, une éphémère «République de Mahabad» a fédéré les Kurdes iraniens autour d'une des seules entités politiques ayant existé durant le XXe siècle. Majoritairement sunnites, les Kurdes d'Iran vivent aujourd'hui en relative harmonie avec la majorité chiite du pays, le régime des mollahs ayant cassé par la force toute velléité de résistance au début des années 1980.

En Syrie, les Kurdes seraient au nombre de 900 000 environ. Minoritaires, ils bénéficient d'une certaine bienveillance de la part du régime, le clan au pouvoir étant lui-même issu d'une minorité: les Alaouites. Dans le Caucase, on compte également quelques centaines de milliers de Kurdes.