Monténégro

Milo Djukanovic en tête des législatives au Monténégro

Ces élections ont été marquées par un mystérieux complot de Serbes. Selon le parquet de Podgorica, ils avaient prévu d’éjecter le premier ministre et de «proclamer la victoire de certains partis politiques»

Le parti du premier ministre, Milo Djukanovic, est arrivé en tête des élections législatives au Monténégro, tenues dimanche dans un contexte tendu, les autorités affirmant avoir déjoué un mystérieux complot de Serbes visant à l'écarter du pouvoir.

Selon des résultats quasiment définitifs, le Parti des démocrates socialistes (DPS) de l'inusable homme fort du pays remporterait 36 des 81 sièges du parlement, avec un peu plus de 40% des voix, soit le double de la formation pro-russe du Front démocratique (FD).

Une avance insuffisante pour gouverner seul et imposer sans allié l'adhésion à l'OTAN, qui suscite les vives critiques des pro-russes et divise profondément l'opinion de ce pays majoritairement orthodoxe. Mais Milo Djukanovic, qui a vanté «l'ampleur de la victoire du DPS», compte notamment sur les partis des minorités bosniaque, albanaise et croate pour bâtir une coalition, comme celle qu'il mène depuis 2012.

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Il sera possible de «ratifier le protocole d'adhésion à l'OTAN» et d'«intensifier les négociations» avec l'Union européenne entamées en 2012, a-t-il dit dimanche soir sous les vivats de ses supporters.

Un coup de filet dénoncé

Il n'a pas eu un mot sur le coup de théâtre du jour: l'annonce de l'arrestation de 20 Serbes dans la nuit de samedi à dimanche dans ce petit pays balkanique de 640 000 habitants, qu'à 54 ans il dirige depuis un quart de siècle, ce qui fait de cet économiste de formation le plus ancien dirigeant européen au pouvoir. 

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Dès l'annonce du coup de filet, Andrija Mandic, chef du Front démocratique, le parti pro-russe, a dénoncé une opération de «propagande grossière». Ses détracteurs accusent Milo Djukanovic d'autoritarisme et lui reprochent de se servir de ces enjeux diplomatiques pour détourner l'attention des problèmes intérieurs, corruption ou difficultés économiques. «C'est comme cela que nous nous sommes retrouvés coincés avec lui vingt-sept ans durant», relevait avant le scrutin Ljubo Filipovic, ancien adjoint au maire de la ville côtière de Budva.

A Belgrade, le premier ministre serbe Aleksandar Vucic a eu du mal à dissimuler ses doutes sur l'arrestation de ses compatriotes, surpris «que cela se produise aujourd'hui». «Pour le reste, il vaut mieux que je me morde la langue trois fois et que je me taise», a déclaré le responsable serbe.

Belgrade et Podgorica entretiennent des relations en dents de scie depuis que le Monténégro a reconnu l'indépendance du Kosovo en 2008. L'adhésion à l'OTAN est une autre pomme de discorde avec Belgrade, allié traditionnel de Moscou dans la région.

Les complotistes soupçonnés d'avoir prévu des attaques contre la foule

Aucun incident n'a été relevé à Podgorica malgré l'émoi suscité par le coup de filet policier. Le ministère de l'Intérieur tout comme les autorités religieuses orthodoxes et le Front démocratique avaient demandé aux Monténégrins de ne pas descendre dans la rue. Des barrières avaient été installées dès le matin près du parlement. 

Selon la police et la justice monténégrines, les complotistes présumés auraient projeté de se munir d'armes et de mener des «attaques» contre la foule attendant les résultats devant le parlement.

Ils auraient également projeté de s'emparer du premier ministre, de prendre le contrôle du parlement et de «proclamer la victoire de certains partis politiques», selon le parquet de Podgorica, qui n'a pas dit de quel parti il pouvait s'agir. Aucune arme n'a été montrée à la presse, qui a pu filmer les suspects, conduits tête baissée à leur interrogatoire.

Identifié comme Bratislav Dikic par les médias monténégrins et serbes, le chef du groupe serait un général de gendarmerie serbe retraité, né en 1970, actif dans une association de défense des droits des vétérans.

Nedjeljko Rudovic, un responsable de la coalition d'opposition Kljuc, a estimé dimanche soir que ce scrutin «ne peut pas être qualifié de libre». «Une atmosphère de coup d'Etat a été créée et a influencé la libre expression de l'opinion des Monténégrins», selon ce responsable du mouvement pro-européen mais qui exige un référendum sur l'OTAN.

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