L'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic «est sous surveillance 24 heures sur 24», a déclaré jeudi le ministre serbe de l'Intérieur, Dusan Mihajlovic. Le chef d'Etat déchu «vit toujours dans la résidence présidentielle» à Dedinje, quartier résidentiel de Belgrade, a précisé Mihajlovic. Il est gardé par une unité spéciale de la police serbe, tandis que sa villa est surveillée par l'armée yougoslave.

Officiellement donc, pour Belgrade, Slobodan Milosevic, accusé de crimes de guerre et crimes contre l'humanité, n'a nul soucis à se faire. Sa surveillance rapprochée n'a rien à voir avec l'exigence d'extradition que Carla Del Ponte, le procureur du Tribunal pénal international de La Haye (TPI) est venue répéter la semaine passée en personne à Vojislav Kostunica. Pour l'heure – et le nouveau président yougoslave l'a rappelé mercredi à Stockholm à la présidence suédoise de l'Union européenne (UE) – il n'est pas question de céder aux exigences de l'UE et des Etats-Unis qui réclament qu'on livre Milosevic à La Haye comme préalable au déblocage de leur aide en faveur de la Yougoslavie.

«Personnellement, je pense que nous devons protéger Milosevic contre des chasseurs de primes», a pris soin d'indiquer le ministre de l'Intérieur, évoquant la prime de 5 millions de dollars offerte par les Etats-Unis pour l'arrestation de Milosevic. Des membres de la JUL, le parti de l'épouse de Milosevic, ont d'ailleurs affirmé mercredi qu'un complot d'enlèvement se tramait contre l'ancien président.

Néanmoins, à Belgrade, le débat semble vif entre ceux qui veulent livrer l'ancien président à La Haye et ceux qui souhaitent le faire juger dans son pays. Pour Vojislav Kostunica, la justice yougoslave ne permet pas l'extradition d'un citoyen. Faux rétorque le ministre de laJustice de la Fédération yougoslave qui souligne que le TPI a été institué par les Nations unies. Il est rejoint par le ministre serbe de la Justice Vladan Batic qui prédit avec constance que «Milosevic finira à La Haye». «La question est de savoir s'il s'y rendra de son plein gré ou s'il sera livré par les autorités», précise-t-il.

Selon l'Institute for War and Peace Reporting, Slobodan Milosevic tiendrait beaucoup à la protection rapprochée dont il jouit. Il craint la vengeance de ceux qui ont eu à souffrir de lui comme la peur qu'inspire à ses anciens alliés l'idée de son témoignage à La Haye. Reste que cette fameuse «surveillance» peut devenir du jour au lendemain un emprisonnement.

E.Sr avec AFP