Armes

Mines antipersonnel, «il reste encore à faire»

Quinze ans après l’entrée en vigueur de la Convention sur l’interdiction, cette arme n’est quasiment plus utilisée. Mais de nombreux territoires restent pollués

Mines antipersonnel: «il reste du chemin»

Armement La Convention sur l’interdiction célèbre ses 15 ans et cette arme n’est quasiment plus utilisée

Mais de nombreux territoires restent encore pollués

La troisième Conférence de revue sur la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel ratifiée alors qu’elles étaient utilisées de façon endémique en 1999, débute ce lundi au Mozambique. Elle rassemblera les représentants des 161 Etats signataires, ministres et chefs d’Etat, ainsi que de nombreuses ONG pour tirer les leçons des quinze années écoulées et décider des ajustements nécessaires.

De nombreux progrès ont été accomplis, mais ces dernières années, les mines antipersonnel auraient refait leur apparition au Yémen, au Soudan, au Soudan du Sud ou en Turquie, tous des Etats signataires du traité d’interdiction. Selon des allégations très crédibles, documentées par l’organisation Human Rights Watch, elles ont aussi été plantées par l’armée dans les zones frontalières en Syrie (non signataire). Des groupes rebelles aussi en auraient fait usage. La Chine, Cuba, l’Inde, l’Iran ou la Birmanie sont par ailleurs suspectés d’en produire encore. Aussi, pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui fut dans les années 1990, avec des ONG, l’un des fers de lance du combat pour l’interdiction des mines, il est trop tôt pour crier victoire. Analyse de la situation avec Kathleen Lawand, cheffe de l’Unité armes à la Division juridique du CICR.

Le Temps: Quinze années après son entrée en vigueur, quel est le bilan de la convention interdisant les mines antipersonnel?

Kathleen Lawand: Il est dans l’ensemble très positif. Mais nous nous gardons de toute satisfaction au CICR: il reste encore beaucoup à faire pour venir à bout du fléau et il faudra toujours rester vigilant.

Aujourd’hui, une grande partie des Etats ayant possédé, produit ou fait usage de mines par le passé sont signataires du traité. Il rassemble 161 Etats, soit les trois quarts de la planète [ils étaient 55 à la signature, ndlr]. Par ailleurs, depuis son adoption, nous avons assisté à une stigmatisation de cette arme, au point où même les Etats qui sont restés en dehors du traité et continuent de détenir des dizaines de millions de mines en stock [dont la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, le Pakistan et les Etats-Unis, ndlr], semblent ne pas en avoir fait de nouvel usage au cours de la dernière décennie.

Mais il est inquiétant de constater que cette norme de non-usage n’est pas respectée par certains groupes armés non étatiques et, selon des allégations, par certains Etats parties à la convention eux-mêmes. Ceci dit, le dialogue s’est rapidement instauré entre les Etats parties et les Etats concernés par ces allégations. Ces derniers se sont engagés à mener des investigations.

Au summum de l’épidémie de mines antipersonnel, dans les années 1990, on comptait 20 000 nouvelles victimes, morts et blessés chaque année. En 2012, d’après le «Landmine Monitor», elles ont causé environ 900 morts et blessés.

– Le Mozambique, qui accueille cette conférence, est emblématique de la lutte contre les mines.

– Il était très miné au moment de l’entrée en vigueur de la convention. Le Mozambique a accompli un travail très important avec la contribution de plusieurs Etats et de certaines ONG qui ont été très présentes. Quinze ans plus tard, il est presque venu à bout de ses opérations de déminage. Durant la conférence, il devrait s’engager à les terminer d’ici à la fin de l’année. Nous espérons que ces engagements seront réalistes.

– Cette convention peut-elle servir de modèle pour l’interdiction d’autres armes?

– Aujourd’hui, il n’est quasiment plus fait usage des mines antipersonnel, et certainement plus d’usage extensif. A ce titre, dans les domaines des armes conventionnelles, la convention peut très certainement faire école: pour la première fois de l’histoire, elle a permis qu’une arme largement utilisée et qui figurait dans les arsenaux de toutes les forces militaires soit bannie. Elle a inspiré la Convention sur l’interdiction des bombes à sous-munitions signée en 2008. La particularité de ces deux conventions est non seulement qu’elles interdisent les mines et imposent le nettoyage et la destruction des stocks mais aussi qu’elles exigent qu’une assistance – accès aux soins hospitaliers et réhabilitatifs – soit apportée aux victimes par les Etats qui en ont les moyens et par la collectivité des Etats parties.

– Quels défis restent à surmonter?

– Aujourd’hui, il y a toujours des zones minées dans 31 des Etats parties de la convention, certains étant plus affectés que d’autres. Même si beaucoup de progrès ont été accomplis, les mines continuent de poser problème en Bosnie, en République démocratique du Congo, en Angola, ou en Colombie et en Afghanistan, où les conflits armés qui persistent sont des facteurs qui empêchent le nettoyage de certaines zones. En Colombie, le CICR est en dialogue avec les autorités gouvernementales et certains groupes armés sur l’impact humanitaire des mines antipersonnel. En Bosnie, les récentes inondations ont fait remonter et déplacé des mines (LT du 02.06.2014), ce qui rend encore plus difficile la tâche de déminage et rappelle l’importance de réaliser ces travaux dans un temps le plus court possible. Certains pays africains, par exemple, n’ont pas déminé le long de leurs frontières, ce qui peut créer des situations humanitaires très préoccupantes en cas de déplacements importants de réfugiés.

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