C’est une situation inédite. Jamais un Etat partie à la Convention d’Ottawa bannissant les mines antipersonnel, l’un des rares succès en matière de désarmement, n’avait aussi clairement violé ses obligations. Entre 2011 et 2012, le Yémen a enterré des milliers de mines dans le district montagneux de Bani Jormooz, au nord de Sanaa, et autour du Ministère du commerce et de l’industrie, en pleine capitale, accuse la Campagne internationale pour interdire les mines (ICBL) dans son rapport annuel présenté jeudi.

«Le gouvernement a admis les faits, c’est un premier pas. Il doit maintenant punir les responsables. Le Yémen doit aussi prendre des mesures pour déminer et éviter toute nouvelle victime», insiste Mark Hiznay, l’un des auteurs du rapport. Au total, on estime que 15 civils, dont neuf enfants, ont sauté sur les mines posées à Bani Jormooz entre septembre 2011 et mai 2013. Au total, il y a eu 263 victimes de mines ou de restes explosifs de guerre recensés dans le pays en 2012, par rapport à seulement 19 en 2011. Les forces gouvernementales ne sont pas seules en cause. Les insurgés utilisent aussi ce type d’armes.

Le Yémen sera au centre des discussions de la 13e réunion des Etats parties au traité d’interdiction des mines la semaine prochaine à Genève. «Les autres pays doivent fermement condamner le Yémen», plaide Kasia Derlicka-Rosenbauer, la directrice d’ICBL. Mais le traité ne prévoit aucune sanction et, comme le cas du Yémen ne s’est encore jamais présenté, on «entre dans un territoire inconnu», estime Mark Hiznay.

Transfert illicite

Ce cas met aussi en lumière un possible transfert de mines antipersonnel, également interdit «Certains modèles n’ont jamais fait partie de l’arsenal yéménite et sont également utilisés en Somalie», poursuit le chercheur.

En 2012 et 2013, les armées syrienne et birmane ont elles aussi recouru à des mines antipersonnel, mais ces deux Etats n’ont pas signé la Convention d’Ottawa. «La Syrie pourrait devenir l’un des pays les plus infestés au monde par les mines, les bombes à sous-munitions qui n’ont pas explosé ou les autres restes d’obus», s’inquiète Kathryn Milett, de la coopération norvégienne. «Les affrontements empêchent une évaluation d’ensemble et tout programme de déminage», poursuit-elle. Les forces de Damas ont miné les frontières avec la Turquie et le Liban. Des mines ont été posées lors de la bataille de Qousseir en mai dernier par les deux parties. Les rebelles utilisent largement des engins explosifs improvisés déclenchés par les victimes.

Malgré les points noirs yéménite et syrien, le nombre de personnes qui sautent sur une mine antipersonnel n’a jamais été aussi bas, avec une moyenne de dix victimes par jour dans le monde contre 25 en 1999, lorsque la convention est entrée en vigueur. Le financement de l’action contre les mines ne connaît pas la crise. En 2012, 681 millions de dollars ont été débloqués.