La condamnation lundi du dirigeant des mineurs Miron Cozma à dix-huit ans de prison a de nouveau embrasé la vallée du Jiu. Embarquées dans une cinquantaine de bus, quelque 4000 gueules noires ont quitté les mines pour se diriger vers Bucarest. Armés de matraques et surexcités par la condamnation de leur dirigeant, les mineurs sont arrivés mardi soir à Tîrgu Jiu, à 150 kilomètres de la capitale roumaine, après avoir parcouru 60 kilomètres sans aucune opposition de la part des autorités. Selon des sources locales, Miron Cozma les accompagne discrètement, entouré de ses proches organisés en une sorte d'état-major. Cette nouvelle tentative de marche violente vers Bucarest, après un premier essai consommé fin janvier, inquiète les autorités d'autant plus qu'une bonne partie de la population de Tîrgu Jiu s'est solidarisée avec les mineurs.

Cette fois, les gueules noires n'ont pas eu besoin de prétexter des revendications salariales pour quitter leurs mines. Ils demandent maintenant la démission du gouvernement et l'annulation de la condamnation de Miron Cozma. Certes, sur les 45 000 mineurs de la vallée du Jiu, dont 25 000 sont actuellement au chômage, seuls 4000, peut-être 5000 ont suivi l'appel désespéré de Miron Cozma. Mais le danger qu'ils représentent ne se mesure apparemment pas en fonction de leur nombre, mais de leur état d'esprit orienté vers la violence. Selon le ministre de l'Intérieur, Constantin Dudu Ionescu, qui occupe ce poste depuis fin janvier, «l'action des mineurs est un acte terroriste qui remet en cause la stabilité de l'Etat démocratique en Roumanie». Il met en garde les mineurs contre l'intervention des forces de l'ordre s'ils continuent à s'avancer vers Bucarest. Et d'ajouter: «Miron Cozma est entouré par des personnes disposant d'expérience dans le domaine militaire.»

Mardi soir, les intentions des mineurs étaient encore une grande inconnue pour les autorités. Ce qui est certain, c'est qu'ils sont capables de mettre au point des stratégies militaires, comme ils l'ont déjà montré fin janvier. De plus, ils n'ont plus à prouver leur volonté – et leur capacité – de briser les éventuels barrages de police. Les autorités roumaines sont aujourd'hui à nouveau confrontées à une dure épreuve. Pourront-elles relever ce défi? Malgré les déclarations rassurantes du ministre de l'Intérieur, la panique semble s'emparer encore une fois de la capitale roumaine.