En apparence, Mingatchevir se présente comme une ville d’eau languissante sous le soleil. Hôtels quatre étoiles avec palmiers et motifs orientaux, barques et yachts de plaisance accostés aux rives du Kür, le principal fleuve du pays. Malgré la chaleur, personne ne songe à s’y rafraîchir, ni à se baigner dans l’immense retenue d’eau bordée de plages sablonneuses à proximité.

De l’horizon, bouché toute la journée par un léger brouillard, proviennent des grondements. Le vacarme étouffé d’obus de gros calibre s’abattant sur la plaine limitrophe du Haut-Karabakh surnage dès que s’abaissent les nuisances sonores urbaines. Dimanche, les chocs étaient sporadiques, mais lundi, c’est devenu un barrage d’artillerie. Parfois jusqu’à dix impacts par minute. Mingatchevir a beau se trouver à 60 km des positions arméniennes les plus avancées dans le Haut-Karabakh, ses habitants entendent l’écho des combats. Le brouillard empêche de distinguer quoi que ce soit, tandis que le blocage des réseaux sociaux et le contrôle des médias forme une seconde couche de brouillard.