Brexit

Le ministre irlandais des Affaires étrangères: «Il est hors de question de rouvrir la négociation sur le backstop»

Pour Simon Coveney, l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne est «juste et équilibré»

Pour l’Irlande du Nord, le Brexit pourrait avoir des conséquences considérables: le retour à une «frontière dure» entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, qui ne semblent aujourd’hui ne former qu’une île. Or cette ligne de 500 kilomètres est la seule frontière terrestre entre l’UE et le Royaume-Uni. Aujourd’hui, entre le nord et le sud, il y a un seul office du tourisme unifié. Et les citoyens nord-irlandais peuvent avoir un passeport irlandais ou britannique.

L’équilibre politique entre Belfast et Dublin a été scellé par l’Accord du Vendredi-Saint, mais reste fragile. Rencontré dans les couloirs du Palais des Nations unies à Genève où il est intervenu devant le Conseil des droits de l’homme – sa 40e session ouvre ces jours –, le ministre des Affaires étrangères de la République d’Irlande, Simon Coveney, a répondu aux questions du Temps en abordant la question du «backstop». Ce mécanisme est censé entrer en vigueur seulement après deux ans supplémentaires de négociation. Il permet notamment à l’UE d’élargir les dispositions de l’Union douanière à l’Irlande du Nord et, ainsi, d’assurer la libre circulation des marchandises sur toute l’île.

Le Temps: Après les différents échecs essuyés par la première ministre britannique Theresa May à la Chambre des communes, quelle est la position de Dublin?

Simon Coveney: La position de la République d’Irlande par rapport à l’accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne a toujours été très claire. Il a fallu deux ans pour négocier cet accord, qui est la résultante de compromis de part et d’autre. Nous sommes d’avis qu’il s’agit d’un accord équilibré et juste. La première ministre ne pense pas différemment. Depuis quelques semaines, le parlement de Westminster, à majorité conservatrice, essaie de forcer Theresa May à changer de direction. Nous ne croyons pas que la solution consiste ici à rouvrir la négociation sur le «backstop» ou à changer la formulation de l’accord de retrait. C’est un paquet qu’on ne peut pas détricoter.

Qui a le plus intérêt dans le mécanisme du «backstop»?

Le mécanisme du «backstop» est une solution conçue autant pour le Royaume-Uni que pour la République d’Irlande et l’Union européenne. C’est pourquoi nous essayons actuellement de rassurer les parlementaires de Westminster pour qu’ils ratifient l’accord de retrait. Nos efforts pour convaincre les élus britanniques reposent sur un mécanisme de «backstop» que personne n’a envie d’utiliser un jour. Celui-ci est un dispositif visant à intervenir au cas où tout échouerait. Mais si le «backstop» est un jour activé, nous souhaitons qu’il ne le soit que pour une période limitée, afin que nous puissions le remplacer par un mécanisme plus permanent.

Etes-vous prêts à davantage de compromis?

Ce que nous ne sommes pas en mesure de faire, c’est de fixer une date limite pour le «backstop». Car si on n’est pas capable de répondre à la question de savoir ce qu’il se passera une fois cette date limite passée, alors cela n’a plus rien à voir avec un «backstop». En résumé, la République d’Irlande a une position qui a peu de chances de changer.


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