La question n’était pas si, mais quand. Dans l’univers des «démissions-limogeages» de la Maison-Blanche, il en est une qui est venue se rajouter, lundi soir, à la longue liste des départs. La démission de Bill Barr, le ministre de la Justice. Alors que le collège électoral confirmait la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle, Donald Trump, toujours dans le déni, annonçait, sur Twitter, le départ de son ministre en des termes plus doux que lors de précédentes annonces, cela accompagné de sa lettre de démission. Une surprise? Pas vraiment. Bill Barr, 70 ans, a refusé de dire que l’élection avait été entachée de «fraudes massives» et n’a pas jugé nécessaire de révéler au président que le fils de Joe Biden était sous enquête fiscale. Les deux fois, Donald Trump a vu rouge.

Lire aussi: Bill Barr, un ministre entre Machiavel et Raspoutine

Détourner l’attention

«Bill partira juste avant Noël pour passer les Fêtes avec sa famille. Le ministre de la Justice adjoint Jeff Rosen, une personne incroyable, assurera l’intérim»: voilà comment Donald Trump a annoncé la nouvelle sur Twitter, en se gardant d’acculer une nouvelle fois son ministre. Il a, au contraire, évoqué une «très belle rencontre» et un «travail magnifique». Cette démission ne rime dans les faits à pas grand-chose: les jours du ministre étaient de toute façon comptés, transition avec la nouvelle administration oblige. Tout au plus aurait-il pu rester à son poste un mois de plus, jusqu’au 20 janvier à midi. Pour Donald Trump, ce départ annoncé comme une démission permet d’occuper le terrain et de tenter de détourner l’attention de la confirmation de la victoire de Joe Biden.

Lire également:  Bill Barr, fidèle lieutenant de Trump

Très conservateur, fervent catholique, Bill Barr était jusqu’ici considéré comme extrêmement loyal envers Donald Trump. Nommé en février 2019, c’est lui qui était au front lors de la remise du rapport final de l’enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016 (il a édulcoré les conclusions du procureur indépendant Robert Mueller), lui encore qui a dû faire face à l’«affaire ukrainienne» de juillet 2019 à l’origine du procès en destitution contre Donald Trump. Ou lui qui a ordonné, le 1er juin dernier, l’évacuation de Lafayette Square à Washington, quand Donald Trump a voulu se présenter en président «de la loi et de l’ordre», une bible à la main, face aux manifestants offusqués par la mort de l’Afro-Américain George Floyd, asphyxié sous le genou d’un policier blanc.

Obsédé par la (re)définition des pouvoirs présidentiels – qu’il voit de manière aussi large que l’actuel président –, Bill Barr a toujours défendu Donald Trump, accusé d’«abus de pouvoir» et d’«entrave à la bonne marche du Congrès», ne voyant rien à redire aux tentatives de la Maison-Blanche d’empêcher des membres de l’administration de témoigner. C’est ce qui a poussé le magazine New Yorker à le dépeindre en cireur de chaussures du président, dans une couverture de juin 2019.

Il n’a pas hésité à qualifier le FBI de «danger pour la démocratie». «En tant que responsable d’une institution qui est censée être dévouée à la vérité, Barr doit arrêter de se comporter comme le porte-parole de Trump», a commenté James Comey, le patron du FBI limogé en mai 2017. Bill Barr a succédé à Jeff Sessions, limogé par Donald Trump.

Lire encore notre éditorial:  Restaurer l’âme de l’Amérique

Un «hachoir à viande»

Le New-Yorkais avait déjà servi sous Ronald Reagan et George H. W. Bush, après avoir travaillé à la CIA de 1971 à 1977, notamment comme analyste spécialiste de la Chine. C’est lui qui, le 25 juillet 2019, a de fait décidé de rétablir la peine de mort pour les délits fédéraux, en annonçant de nouvelles exécutions après une interruption de seize ans.

Bill Barr aurait pu devenir l’avocat personnel de Donald Trump, une fonction occupée aujourd’hui par Rudy Giuliani. Mais il avait refusé l’offre, pour ne pas «mettre sa tête dans ce hachoir à viande». Il n’a en revanche pas pu empêcher de se voir affublé du surnom d’«avocat du président».

Lire enfin l’opinion:  Retour aux exécutions fédérales: les Etats-Unis roulent à contresens

Libéré de sa fonction dans le gouvernement Trump, Bill Barr devrait pouvoir passer des fêtes de fin d’année plus sereines. Et peut-être s’adonner à nouveau à sa passion: la cornemuse.