L'homme a joué un rôle central dans l'obtention par la Turquie d'un prêt de 16 milliards de dollars soutenu par le Fonds monétaire international: c'est dire si la démission samedi de Kemal Dervis, ministre de l'Economie, fragilise encore un peu plus le gouvernement chancelant de Bülent Ecevit. Apparemment poussé vendredi à «choisir son camp» par un premier ministre excédé par ses tentatives d'unifier un centre gauche émietté, Kemal Dervis s'est décidé. Il a mis à exécution une décision largement attendue depuis que cet ancien cadre de la Banque mondiale avait annoncé son intention de former une coalition susceptible de remporter les élections législatives anticipées qui doivent se tenir en novembre.

Samedi matin, celui qui était jusqu'ici chargé de sortir la Turquie de la pire crise économique que le pays ait connue depuis la Deuxième Guerre mondiale, a confirmé ses desseins: «Je vais travailler à la création d'un choix au centre gauche qui reflète la théorie libérale sociale moderne, et qui pourrait arriver seule au pouvoir.» Cette fois, l'annonce de sa démission ne risque pas d'avoir le même effet dévastateur sur la monnaie et les marchés turcs qu'en juillet, lorsqu'une première fois Kemal Dervis avait claqué la porte du gouvernement Ecevit, pour revenir quelques heures après sur sa décision.

Les ambitions de Kemal Dervis sont calquées sur celles de l'ancien ministre des Affaires étrangères turc Ismaïl Cem, qui a démissionné le 25 juin. Le ministre de l'Economie a publiquement approuvé la formation par le populaire ex-chef de la diplomatie d'Ankara du Parti de la Nouvelle Turquie, une formation basée sur des dissidents du parti de Bülent Ecevit. L'approche pro-occidentale de Dervis et Cem, qui pourraient bien joindre leurs efforts avant l'échéance de novembre, leur a valu le surnom de «Dream Team» dans les milieux économiques et financiers.

Nommé dimanche par le premier ministre, le nouveau responsable de l'Economie turque, Masum Turker, a assuré que le programme drastique imposé par le FMI serait appliqué à la lettre.