Le grand poker biélorusse continue. Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, était lundi à Minsk pour tenter de remettre le très fantasque président Alexandre Loukachenko dans le sillon russe. Mais les Européens poursuivent aussi leurs avances: pour la première fois depuis 2006, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont invité leur collègue biélorusse, Sergueï Martynov, à les rencontrer, le 13 octobre à Luxembourg. Les Européens voudraient dissuader Alexandre Loukachenko de reconnaître l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, les deux provinces géorgiennes qui ont fait sécession avec l'appui de la Russie.

A l'inverse, Moscou supporte très mal que Minsk, censé former une «union étatique» avec la Russie, ne l'ait pas encore suivie dans la reconnaissance des deux nouveaux «Etats» autoproclamés. Moscou voudrait même convaincre Minsk de les inclure dans cette union russo-biélorusse. En réponse au bouclier antimissile américain projeté en Pologne et en République tchèque, Moscou envisage aussi de déployer son propre système de défense antimissile en Biélorussie. Pour cela, Vladimir Poutine s'est déplacé hier en personne à Minsk, afin de «marchander» directement avec Alexandre Loukachenko, ironisait hier le quotidien russe Kommersant.

«Impulsion supplémentaire»

«Nous n'avons jamais marchandé et ne marchanderons jamais l'amitié avec les Russes», a assuré hier le président Loukachenko à son hôte, jurant vouloir aussi «donner une impulsion supplémentaire à nos relations», mais se gardant encore une fois de céder trop vite à la principale demande de Moscou, la reconnaissance des deux républiques géorgiennes.

Prix (d'ami) du gaz

Selon la presse russe, Alexandre Loukachenko a en revanche bien fait connaître son prix: Minsk voudrait un nouveau crédit de 2 milliards de dollars (1,48 milliard d'euros), à taux préférentiel, et un rabais supplémentaire sur le prix du gaz russe. En 2009, Minsk voudrait ne payer que 140 dollars les 1000 m³ de gaz russe, contre 500 dollars pour les clients ouest-européens de la Russie.

Pour faire monter les enchères, Alexandre Loukachenko a fait mine de se rapprocher des Vingt-Sept ces derniers mois. A la veille des élections législatives du 28 septembre, il avait libéré les derniers prisonniers politiques et promis des élections plus démocratiques. Malgré son empressement à saluer les moindres «progrès» biélorusses, l'Union européenne a pourtant dû constater que pas un seul candidat d'opposition n'a été admis au parlement, au terme de ce scrutin falsifié. «La Biélorussie va continuer ce jeu (ndlr: entre l'Europe et la Russie) aussi longtemps que possible, prévient Nikolaï Petrov, analyste du centre Carnegie de Moscou. C'est d'ailleurs ce qu'elle a de mieux à faire, n'ayant guère d'autres atouts que sa position géographique, entre l'Europe et la Russie. Si Loukachenko avait reconnu d'emblée l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, il n'en aurait pas tiré de tels dividendes, il a bien réussi à faire monter son prix.»