France

Minutes d’angoisse dans le train Thalys

Le pays est sous le choc après qu’un carnage a été évité dans un train à destination de Paris. Du départ à la délivrance, la reconstitution des événements

Minutes d’angoisse dans le train Thalys

France Le pays est sous le choc après qu’un carnage a été évité dans un train

Du départ à la délivrance, la reconstitution des événements

Un homme lourdement armé a ouvert le feu vendredi dans un train entre Amsterdam et Paris, faisant deux blessés, avant d’être maîtrisé par des passagers américains. Voici le fil, minute par minute, de cet événement qui a commotionné la France.

A Bruxelles, Ayoub el-Khazzani monte

Gare de Bruxelles-Midi, 17h13. Le Thalys numéro 9364 Amsterdam-Paris quitte la capitale belge. L’arrivée est prévue à 18h35 dans la capitale française. Ayoub el-Khazzani vient de monter à bord. Dans le sac de ce Marocain de 25 ans, une kalachnikov, neuf chargeurs, un pistolet automatique et un cutter. Le train file et traverse la campagne.

Les premiers coups de feu

17h50. Ayoud el-Khazzani est dans les toilettes entre les voitures 12 et 13, à l’arrière du train. Un passager français âgé de 28 ans se lève de son siège pour aller au WC et tombe nez à nez avec lui. Ayoud el-Khazzani, torse nu, est armé d’une kalachnikov, bardé de neuf chargeurs. Le Marocain a aussi sur lui un pistolet automatique – un Luger – et un cutter. Le passager tente de le maîtriser. Ils se battent. Un coup de feu part et brise une vitre. En dessous, un couple de touristes américains hurle : «Il a une arme automatique!» Les passagers se réfugient sous leurs sièges. Un homme se lève : un professeur d’anglais franco-américain vient à la rescousse pour maîtriser El-Khazzani. Selon le témoignage du chef urgentiste du CHU de Lille, il tente de lui arracher sa kalachnikov. Il fait quelques pas. El-Khazzani lui tire dessus avec son pistolet Luger. La balle traverse le poumon. Le professeur d’anglais s’écroule.

La panique

La panique se propage jusqu’à la voiture 11. Un contrôleur, des hôtesses en charge de la restauration et plusieurs passagers, affolés, traversent la rame en courant et ils se réfugient dans le fourgon, qui sert à stocker les bagages des agents et s’ouvre avec une clef spéciale. Ils s’y enferment. Effrayés, les voyageurs de la voiture 11 – dont fait partie l’acteur Jean-Hugues Anglade – paniquent. Ils se massent devant la porte du fourgon et réclament son ouverture.

«On a frappé, cogné de toutes nos forces […] Je n’accuse personne, mais nous avons été abandonnés», déclare l’acteur à Paris Match. Selon la directrice de Thalys, Agnès Ogier, «l’agent (du Thalys, ndlr) a senti une balle le frôler. Il est parti avec cinq ou six passagers se réfugier dans le fourgon et tirer l’alarme en vue d’immobiliser le train.»

La bagarre

Pendant ce temps dans la voiture 12, une nouvelle bagarre se déclare. Ayoub el-Khazzani s’avance dans le couloir du wagon, armé de son pistolet automatique, poursuivant un homme qui fuyait. Son arme se serait enrayée. «J’ai entendu un clic, clic», rapporte un témoin de la scène assis au début du wagon 13.

C’est à ce moment-là que les deux Américains se décident à intervenir. Le premier, Spencer Stone, est pilote de chasse première classe. Le second, Alek Skarlatos, est membre de la garde nationale de l’Etat de l’Oregon et rentre d’une affectation en Afghanistan. «Va le choper», dit Alek à Spencer, racontera plus tard le Britannique Chris Norman. Spencer se jette sur l’attaquant. Il le saisit par une clé au cou, et le plaque au sol. L’assaillant se débat, lui entaille sévèrement le pouce avec son cutter et lui taillade le cou. Alek Skarlatos aide son ami. Il frappe El-Khazzani à la nuque pour l’assommer. Un autre passager, Chris Norman, se saisit de son bras droit. Un conducteur de train au repos s’occupe du bras gauche. El-Khazzani est immobilisé, les mains liées par la cravate d’un agent Thalys.

Signal d’alarme

Dans le fourgon de la voiture 11 où se sont réfugiés plusieurs voyageurs et un contrôleur, un signal d’alarme permet d’immobiliser le train. Le train s’arrête. Selon la version donnée par Thalys, l’agent du train ouvre la porte du fourgon qui donne sur la voie. Les voyageurs sautent du wagon, se réfugient dans les fourrés, avec les mains sur la tête comme s’ils se protégeaient des tirs (qui n’existent pas). La scène rapportée par plusieurs témoins provoque l’incompréhension des voyageurs des voitures suivantes.

Pendant ce temps, ceux de la voiture 11 continuent de tambouriner contre la porte du fourgon. Agnès Ogier précise que le contrôleur n’a pas fui: «Il souhaitait alerter le conducteur du train en remontant à l’extérieur la rame de tête.» Le train redémarre, laissant la petite dizaine de passagers en pleine campagne.

«Il faut repartir»

El-Khazzani est au sol, inanimé et ligoté. «L’homme était maîtrisé, il y avait du sang sur les parois, sur une table», raconte au micro de France Info Michel Bruet, un des deux contrôleurs du train, présent sur les lieux de la bagarre. «Je me suis empressé de tirer le signal d’alarme, j’ai pris contact avec le conducteur pour lui dire ce qu’il se passait, j’ai appelé ma direction pour qu’on puisse prêter assistance aux blessés. L’homme étant maîtrisé, j’ai demandé des secours, le SMUR et la police.» Consigne est donnée de se diriger vers Arras: «Il faut repartir tout de suite.»

L’un des Américains, Alek Skarlatos, récupère les deux armes, la kalachnikov et le Luger. Il patrouille dans la rame et vérifie qu’aucun complice n’est présent. Il jette un œil aux armes et constate qu’elles sont inutilisables. La sécurité de l’AK-47 est défectueuse. «Il ne savait pas comment la fixer, précise le jeune homme au New York Times, on a eu de la chance.»

Le pistolet, lui, n’avait plus de chargeur: «Soit il l’avait laissé tomber accidentellement, soit il l’avait mal engagé», explique le militaire. Alek se rend en voiture 11, et assure que le tueur est neutralisé. Soulagement. Son compatriote, Spencer Stone, porte secours au passager franco-américain blessé. Il lui fait un point de pression pour limiter l’hémorragie. Il est 18 heures quand le train s’arrête en gare d’Arras. Les forces de l’ordre interviennent, font sortir El-Khazzani et l’emmènent au commissariat de la ville pour l’interroger. Les 554 passagers sont pris en charge. La plupart ignorent ce qui s’est passé.

Affolés, un contrôleur, des hôtesses et plusieurs passagers traversent la rame en courant

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