Etat de droit

La mise en garde de l’UE et des Etats-Unis à Ankara

L’évocation du rétablissement de la peine de mort par le président turc soulève un tollé en Europe et aux Etats-Unis

D’une seule voix, l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis ont fait comprendre qu’ils ne toléreraient pas de recul de l’Etat de droit en Turquie. Trois jours après la tentative du coup d’Etat militaire avorté et suite à la répression généralisée contre les insurgés, la question s’est logiquement imposée à l’agenda de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères lundi à Bruxelles. «Nous appelons le gouvernement turc à maintenir le calme et la stabilité dans le pays, et à respecter les institutions démocratiques de la nation», a plaidé John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, qui a aussi participé à la réunion.

Lire aussi : Face aux illusions des putschistes, un pouvoir turc déterminé

Même fermeté chez les Vingt-Huit. Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne, a averti que si la Turquie réintroduisait la peine capitale, comme le président turc Recep Tayyip Erdogan l’a évoqué dimanche, Bruxelles fermerait le dossier de sa candidature à l’adhésion. «Nous sommes prêts à travailler avec une Turquie démocratique et stable et faire face aux défis communs», a-t-elle ajouté. Ankara a aboli la peine capitale en 2004 dans le sillage de son rapprochement à l’UE.

Dérive antidémocratique

Federica Mogherini a tenu aussi à préciser que l’UE a condamné sans réserve la tentative du coup d’Etat dans la nuit de vendredi à samedi, mais qu’elle n’accepterait pas de dérive antidémocratique et de violation des droits de l’homme sous aucun prétexte.

A Berlin, le porte-parole du gouvernement a dénoncé les «scènes révoltantes d’arbitraire et de vengeance» perpétrées à l’encontre de soldats soupçonnés d’avoir participé au putsch. «L’Allemagne et l’UE ont une position claire: nous rejetons la peine de mort catégoriquement, a-t-il ajouté. Son introduction signifierait la fin des négociations d’adhésion à l’UE.» Pour Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères, la Turquie est un partenaire stratégique de l’UE dans divers domaines, dont la crise des réfugiés et la lutte contre le terrorisme. «Nous ne comprendrions pas que le pays mette à mal tout ce que nous avons construit ensemble en adoptant des politiques contraires à l’Etat de droit», a-t-il déclaré.

Le Conseil de l’Europe, dont la Turquie est membre, a aussi appelé au respect de la charte européenne des droits de l’homme qui bannit la peine capitale.

L’ennemi numéro un d’Erdogan

Du côté américain, John Kerry a fait savoir qu’aucune communication officielle n’a été reçue à Washington par rapport à une demande d’extradition du prédicateur Fethullah Gülen, passé depuis 2013 du statut d’allié à celui d’ennemi numéro un du président turc Recep Tayyip Erdogan et exilé aux Etats-Unis. «Nous ne nous opposerons pas à une telle demande pour autant qu’elle respecte les standards fixés par la législation américaine dans ce domaine», a-t-il poursuivi. Nous voulons des preuves de son implication dans la tentative du coup d’Etat, et non des allégations.» Le gouvernement turc a demandé l’extradition de l’imam qu’il accuse d’avoir fomenté le coup d’Etat.

La pression exercée contre Ankara n’est apparemment pas restée sans conséquence. «Les putschistes devront rendre des comptes pour chaque goutte de sang versée, mais dans le cadre du droit», a rassuré hier le premier ministre turc Banali Yildirim, à l’issue d’un conseil des ministres. Il a aussi déclaré qu’un éventuel rétablissement de la peine capitale ne se ferait pas sans un débat au parlement.

Publicité