En avril 2010, Juan Carlos est de passage à Genève. A cette époque, l’homme était encore le chef de l’Etat espagnol et il avait apporté une lourde valise contenant 1,9 million de dollars en espèces. Avant d’arriver dans la ville du bout du Léman, le roi avait prévenu son gestionnaire de fortune, Arturo Fasana. Il s’agissait d’un cadeau du roi du Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, affirmait-il. «Juan Carlos est une personne appréciée dans les pays du Golfe, expliquera par la suite le financier. Il rentrait d’Abu Dhabi (aux Emirats arabes unis) et il est venu chez moi à Genève. Il voulait déjeuner avec moi.»

Ces déclarations, révélées par le journal espagnol El Pais en mai dernier, figurent dans la commission rogatoire délivrée par le procureur genevois Yves Bertossa à la justice espagnole. Si cet épisode est le plus rocambolesque – Juan Carlos lui-même aurait confié à son entourage la crainte que son nom soit définitivement associé à l’existence de cette valise –, il n’est pas le seul qui relie le roi désormais «émérite» à Genève. Voilà des mois que la presse espagnole dévoile, jour après jour, les détails supposés de ces liens. Des soupçons de fonds illicites, voire de corruption, qui sont à l’origine directe de la «fuite» hors d’Espagne de l’ex-monarque, annoncée lundi.