La misère et la faim ont reculé grâce à la Chine

Développement «Le Temps» consacre une série d’articles au bilan de la lutte contre la pauvreté engagée il y a quinze ans par l’ONU

Aujourd’hui: l’extrême indigence

Objectifs du millénaire (1/8)

L’un des plus ambitieux plans de lutte jamais lancés contre la pauvreté arrive à son terme. La communauté internationale s’était donné en 2000 huit «Objectifs du millénaire pour le développement» à atteindre en quinze ans. Elle va se réunir sous l’égide de l’ONU, les 26 et 27 septembre prochains à New York, pour dresser un dernier bilan de cet effort exceptionnel et continuer sur sa lancée, en se dotant d’un nouveau programme à remplir d’ici à 2030: les «Objectifs du développement durable».

Les buts poursuivis entre 2000 et 2015 se sont inscrits dans une longue histoire de tâtonnements intéressés. De la fin de la Seconde Guerre mondiale au terme de la Guerre froide, l’Occident a utilisé l’aide au développement pour prévenir le passage des Etats nouvellement décolonisés dans l’orbite communiste. Puis il a révisé sa stratégie du tout au tout après la disparition de l’Union soviétique. Emporté par un libéralisme triomphant, désireux de rallier les pays du Sud à l’économie de marché, il a profité de l’endettement de nombre d’entre eux pour leur imposer des programmes «d’ajustement structurel». Une politique qui a souvent donné des résultats catastrophiques. L’adoption des Objectifs du millénaire a représenté un retour spectaculaire de balancier vers des préoccupations sociales. La pauvreté ne pouvait pas attendre l’avènement universel de l’orthodoxie économique: elle devait être directement et immédiatement combattue.

Le premier des Objectifs du millénaire est le plus emblématique. Il vise à «éliminer l’extrême pauvreté et la faim». Une intention générale qui se divise en plusieurs «cibles». Comme celles de réduire de moitié, entre 1990 et 2015, «la proportion de la population dont le revenu est inférieur à 1,25 dollar par jour» et «la proportion de la population qui souffre de la faim».

La cible initiale a été largement atteinte, selon le rapport que l’ONU consacre cette année à ses «objectifs». Entre 1990 et 2011, assure le document, la proportion des personnes gagnant moins de 1,25 dollar par jour s’est réduite de plus de moitié, puisqu’elle est passée de 36% en 1990 à 15% en 2011 – une projection la situe même à 12% en 2015. Le nombre absolu de personnes vivant d’une telle somme est passé de son côté de 1,9 milliard en 1990 à 1 milliard en 2011 – ou, selon une nouvelle projection, à 836 millions en 2015.

Coordinateur de la politique de développement d’Helvetas, Bernd Steimann se réjouit de ce bilan. Il souligne cependant que ces chiffres sont moins précis qu’ils n’en ont l’air. Ils s’avèrent d’abord difficiles à vérifier alors que leur contenu est très politique, les Etats essayant de donner d’eux la meilleure image possible. Ils se révèlent ensuite délicats à comparer, une même somme n’offrant pas le même pouvoir d’achat d’un pays à l’autre.

Le succès dont se targuent les Nations unies est par ailleurs ambigu. Il est dû pour l’essentiel à la croissance économique d’une poignée de pays émergents et non aux Objectifs du millénaire. Le taux d’extrême pauvreté enregistré en Asie de l’Est est passé grâce à la Chine de 61% à 4% entre 1990 et 2015. Il a diminué de 52% à 17% en Asie du Sud, grâce aux progrès de l’Inde notamment. L’impulsion donnée par l’ONU aux politiques de développement s’est fait sentir à un degré moindre, et ce dans des pays en développement de taille modeste. En Afrique subsaharienne, 41% de la population continue de vivre avec moins de 1,25 dollar par jour, contre 57% il y a vingt-cinq ans.

Les résultats s’avèrent également mitigés dans le domaine de la faim. La proportion de personnes sous-alimentées dans les régions en développement est passée de 23,3% à 12,9% en un quart de siècle, ce qui représente presque la diminution de moitié mise à l’agenda. Mais, en chiffres absolus, le tableau se révèle beaucoup plus sombre. Le nombre de personnes sous-alimentées a peu varié durant la même période, passant de 991 millions en 1990-1992 à 793 millions en 2011-2013, avec un rebond au milieu.

Là aussi, la croissance chinoise a pesé lourd sur le résultat global. Elle explique près des deux tiers de la réduction totale du nombre de personnes sous-alimentées. D’autres régions s’en sortent beaucoup moins bien. L’Afrique subsaharienne a connu une baisse modeste du taux de sous-alimentation (de 33% à 23%) et une hausse du nombre de personnes sous-alimentées (44 millions). L’une de ses sous-régions, l’Afrique centrale, présente des résultats plus sinistres encore: elle compte deux fois plus de personnes sous-alimentées aujourd’hui qu’il y a vingt-cinq ans.

L’élimination de la faim n’est pas pour demain. Ce d’autant que, comme en ont témoigné les années 2000, le nombre de personnes concernées est susceptible de repartir à la hausse. Pour des raisons économiques – le renchérissement des denrées alimentaires – comme pour des motifs politiques – la guerre notamment. La sous-alimentation est ainsi annoncée en forte hausse en Asie de l’Ouest… où se trouve la Syrie.

Le succès est dû pour l’essentiel à la croissance fulgurante d’une poignée de pays émergents